Un test sur les humeurs jette une nouvelle lumière sur la dépression
(traduction dÍun article paru dans le quotidien The Toronto Star)
Une étude identifie les personnes les plus à
risque
Par Janice Turner
Pourquoi certaines personnes sont-elles plus vulnérables que
dÍautres à des épisodes répétés de
dépression ?
Dans une nouvelle étude publiée dans le Journal of Abnormal
Psychology, des chercheurs de Toronto révèlent quÍun test
de sensibilité thymique peut aider à identifier les personnes
qui présentent un risque accru de rechute dans la dépression.
"Ceci nous permet dÍaborder la dépression dÍun point de
vue tout à fait nouveau," déclare Zindel Segal, chef
de lÍUnité de la thérapie cognitivo-comportementale du
Centre de toxicomanie et de santé mentale.
JusquÍà maintenant, la plupart des études sur la dépression
consistaient essentiellement à évaluer les effets des
traitements mais très peu dÍétudes suivent les gens après
leur rétablissement, ajoute Zindel Segal.
"Les gens qui se rétablissent dÍune dépression risquent
de rechuter. Nous pouvons maintenant mesurer ce risque, si bien que
les personnes vulnérables peuvent recevoir un traitement."
Menée par Zindel Segal et par ses collègues chercheurs
Michael Gemar et Susan Williams du département de psychologie
de lÍUniversité York, cette étude a examiné les
personnes non déprimées pour déceler les facteurs
psychologiques associés avec une rechute. Une soixantaine de
personnes se sont soumises au test, 32 dÍentre elles ont été
suivies sur une période de 30 mois.
Actuellement administré pour des usages plus généraux,
ce test évalue comment les gens réagissent à des
énoncés avant et après une courte période
de tristesse déclenchée. (On leur demande dÍécouter
de la musique triste et de penser à quelque chose de malheureux.)
Voici quelques exemples dÍénoncés : "Je ne
peux pas faire dÍerreurs," "Je dois être parfait(e),"
"Je ne peux pas montrer de signes de faiblesse."
"Certaines personnes ont la capacité de travailler avec
leur tristesse et de la contenir, explique Zindel Segal. Elles comprennent
que cÍest un état passager."
"Pour dÍautres, la tristesse est une émotion qui les démolit
complètement. De petits changements dÍhumeurs déclenchent
facilement des pensées déprimées, pessimistes."
Ce nÍest pas que leur tristesse soit particulièrement profonde.
CÍest plutôt que ces personnes nÍont pas les moyens dÍy faire
face. Elles ne sont pas capables dÍévaluer la situation et elles
sentent quÍelles ne peuvent pas se tourner vers dÍautres pour obtenir
du soutien.
Les personnes qui ont des résultats plus élevés
après le déclenchement de la tristesse croient plus fermement
quÍelles sont déficientes et leurs chances de rechuter sont beaucoup
plus grandes.
"La tristesse entraîne une façon de penser que lÍon
pourrait qualifier de toxique et qui demeure à fleur de peau
; il suffit dÍun rien pour la faire ressortir," explique Zindel
Segal.
"Chacun de nous éprouve des difficultés dans la
vie. Certains personnes ont trouvé des moyens de faire face à
ces difficultés avec la thérapie ou en y travaillant fort
par elles-mêmes. DÍautres ont encore besoin dÍacquérir
les capacités nécessaires pour en venir à bout."
De par sa nature, la dépression est une maladie à répétition
et, selon lÍOrganisation mondiale de la santé, cÍest la cause
première dÍinvalidité.
En Amérique du Nord, la dépression entraîne plus
de journées de maladie que les maladies pulmonaires, le diabète,
lÍarthrite ou lÍhypertension artérielle. Seules les maladies
cardiaques causent plus dÍabsentéisme.
La dépression nÍest pas une courte période de cafard
mais plutôt une humeur lourde qui dure pendant des semaines et
qui nuit considérablement au fonctionnement de la personne au
travail et dans les situations sociales.
On estime que seulement la moitié des Canadiennes et des Canadiens
qui souffrent de dépression grave recherchent de lÍaide et que
moins de 10 % dÍentre eux reçoivent un traitement efficace.
EN BREF
La thérapie cognitive peut "sauver des vies"
Les femmes présentent un taux de dépression deux fois
plus élevé que les hommes. On croit que certains facteurs
liés à la féminité -- hormones, certaines
pressions sociales -- rendent les femmes plus vulnérables à
la dépression.
Le temps des fêtes est particulièrement difficile parce
que cÍest une période de lÍannée où lÍon a des
attentes. Pour les personnes déprimées, il semble que
le reste du monde se réjouit dÍêtre ensemble et de célébrer
mais que, pour une raison quelconque, elles nÍont pas réussi
à accomplir cela. Plutôt que de reconnaître la sentimentalité
fabriquée entourant le temps des fêtes, elles peuvent croire
que quelque chose ne tourne pas rond chez elles parce quÍelles nÍont
pas lÍesprit à la fête, explique le Dr Segal.
Si lÍon peut identifier les personnes présentant un risque de
rechute, on pourra leur éviter de traverser des moments difficiles
tout en faisant épargner au système de santé des
frais considérables. Les sessions de thérapie hebdomadaires
pendant une période de quinze semaines coûtent deux fois
moins cher que le traitement dÍune personne à la suite dÍun épisode
de dépression, ajoute le Dr Segal.
Les médicaments apportent une solution parce quÍils assurent
une protection contre les humeurs déprimées. Toutefois,
les médicaments ne sont pas des capacités ou des outils
que la personne peut utiliser au besoin.
Les antidépresseurs "réduisent le fardeau des symptômes
et aident les gens à prendre leur vie en main, affirme le Dr
Segal. Toutefois, lorsque les gens ne les prennent pas, le taux de rechute
est très élevé."
LÍapproche sans médicaments, appelée "thérapie
cognitive,"est difficile à promouvoir. Très souvent,
les gens recherchent une solution miracle.
La thérapie cognitive nous apprend à choisir dÍexaminer
des situations sous des angles différents, ce qui fait que lÍon
se sent beaucoup mieux.
Paul, enseignant de lÍécole secondaire à Toronto, souffre
de dépression depuis plus de dix ans. Sa dépression a
été précipitée par lÍéclatement de
sa famille. Il y a trois ans, à lÍâge de 54 ans, il est
tombé dans une profonde dépression et sÍest promis de
ne plus jamais revivre cet état.
Selon lui, la thérapie peut "réellement sauver des
vies."
AujourdÍhui, lorsquÍil se sent déprimé, il essaie dÍidentifier
ses humeurs avec plus de précision et de voir où il sÍen
va.
"CÍest un peu comme si on sortait de sa personne et que lÍon empêchait
les humeurs déprimées de dégringoler et de se transformer
en tristesse débilitante."
Il nÍa pas encore surmonté le sentiment -- depuis quÍil est
enfant -- dÍêtre inutile. Avec le temps, ce sentiment dÍinutilité
est devenu son refuge. Dans lÍinutilité, il se sentait bien et
normal -- ´ où jÍavais une appartenance."
"La plupart du temps, je suis capable de taire ces pensées
négatives assez rapidement, explique Paul. Mais il y a encore
des fois où cÍest ardu. Il est beaucoup plus facile de sombrer
dans la pitié que de prendre une feuille de papier et de travailler
pour passer à travers. À long terme, toutefois, je sais
que si je me complais dans la pitié, je vais être très
malade."
Hélène a 35 ans. Elle a fait lÍexpérience de plusieurs
types de counseling avant dÍapprendre à connaître la thérapie
cognitive.
Elle est tombée sur la thérapie cognitive par hasard.
Dans un avion, elle était assise à côté dÍune
collègue du Dr Segal. Elles ont parlé et Hélène
a fini par révéler quÍelle était déprimée
depuis des années.
Elle sÍest toujours comparée à dÍautres et sentait rarement
quÍelle était méritante.
"JÍétais convaincue que le reste du monde était
meilleur que moi."
La personne assise à côté dÍHélène
lui a dit où elle pouvait obtenir de lÍaide. Pendant trois ans,
Hélène a gardé le bout de papier sur lequel était
inscrit le numéro de téléphone du centre. Au printemps,
elle a décidé de sÍinformer davantage.
"JÍétais de mauvais poil, irritable, prête à
envoyer tout le monde promener, dit-elle. Je nÍaimais pas lÍidée
de la thérapie, et surtout de la thérapie de groupe. JÍavais
des doutes. Mais la thérapie mÍa fait voir quÍil y a beaucoup
de gens comme moi."
Quand Hélène se voit retomber dans son ancienne façon
de penser, elle écrit ce quÍelle ressent et ce quÍelle pense
et commence à tout remettre en question.
"Quand je me demande quelle est la preuve de ce que je pense,
le plus souvent, je ne trouve aucune preuve."
"Pour me convaincre que je ne suis pas nulle, je dois tout écrire
et mettre les choses en perspective."
"Dans quelle mesure la thérapie marche-t-elle ?"
Le mois dernier, après avoir commencé un nouvel emploi,
Hélène a écrit quelque chose dans son "cahier
de travail." Sa dernière entrée avant cela remontait
au mois dÍaoût précédent.
EN BREF
Comment déterminer le risque de rechute
Très souvent, les personnes qui se sont rétablies dÍun
épisode de dépression se sentent extrêmement bien.
Elles sont toutefois à risque de rechuter en raison de la nature
de cette maladie.
Pour découvrir les personnes qui sont le plus à risque
de retomber dans la dépression, lÍUnité de thérapie
cognitivo-comportementale du Centre de toxicomanie et de santé
mentale a créé un index permettant de vérifier
la sensibilité thymique et de tenter de déterminer le
risque de rechute quÍune personne présente.
Les participants qui se soumettent à ce test doivent indiquer
dans quelle mesure ils sont dÍaccord avec une variété
dÍénoncés, dont voici quelques exemples :
- La plupart des gens sont bien quand on apprend à les connaître.
- Je suis heureux(se) seulement si la plupart des gens que je connais
mÍadmirent.
- Si dÍautres savent ce que je suis réellement, ils auront
une moins bonne opinion de moi.
- Avant dÍentreprendre quoi que ce soit, les gens devraient avoir
de bonnes chances de succès.
- Le bonheur dépend plus de lÍattitude que jÍai vis-à-vis
moi-même que de ce que les autres pensent de moi.
Le 17 décembre 1999
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