 
Thérapie et action
communautaire pour les mères des victimes de violence de rue
En avril 2000, le fils* de 13 ans de Dawn Drummond se rendait à
un match de basket-ball dans une banlieue de Toronto quand un homme armé,
roulant dans une voiture, s'est mis à tirer au hasard. Les piétons
ont couru se mettre à l'abri, mais le fils de Dawn se trouvait
dans la ligne de tir. Il a reçu une balle dans la tête et
perdu un Òil -- victime d'un acte de violence insensé.
Deux ans plus tard, Dawn évoque sa réaction en apprenant
la nouvelle. « Vous ne ressentez rien, parce que vous mourez, se
rappelle-t-elle. Vous êtes dans un tel état de choc que tout
votre corps est paralysé. Je me souviens être à l'hôpital,
entourée de mes amis et de ma famille, mais de me sentir seule...
de me sentir mourir à l'intérieur ».
Après la tragédie, Dawn, qui est téléphoniste,
s'est impliquée dans deux projets qui l'ont aidée à
reprendre le dessus. D'abord elle a participé à l'établissement
du groupe United Mothers Opposing Violence Everywhere (UMOVE) à
Toronto, composé surtout de mères d'enfants tués.
Puis, avec son fils, elle a commencé à consulter Teresa
Marsh, thérapeute auprès des victimes traumatisées
et responsable du Programme
de traitement de la toxicomanie pour les jeunes Afro-canadiens et des
Caraïbes (PTTJAC) au Centre de toxicomanie et de santé
mentale.
Teresa Marsh décrit le traumatisme comme la conséquence
naturelle chez le témoin ou la victime d'un événement
terrifiant, comme la guerre, la violence, les mauvais traitements durant
l'enfance, l'agression sexuelle et la torture. Les victimes ne se remettent
pas facilement d'une expérience traumatisante.
Certaines victimes, comme Dawn, deviennent apathiques. D'autres deviennent
agressives et colériques. Si cette colère est dirigée
intérieurement, elle peut conduire à l'autodestruction,
à des problèmes de toxicomanie et au suicide. Si elle est
dirigée extérieurement, elle peut provoquer des crises de
violence et de rage, explique Teresa Marsh.
Un traumatisme peut aussi altérer la perception de soi. Les victimes
se sentent souvent dévalorisées et deviennent dépressives
; elles ont plus de difficulté à conserver un emploi et
à entretenir un logement. Ces facteurs peuvent en retour pousser
une personne à adopter un comportement criminel pour survivre.
Si le traumatisme est dévastateur pour ses victimes, il a aussi
de graves répercussions sociales. « Sans intervention thérapeutique,
la personne traumatisée devient souvent un fardeau pour le système
de justice, de santé et de l'aide sociale, et une menace à
la sécurité publique », ajoute Teresa Marsh.
Étant donné ces risques, les conseillers qui traitent les
personnes traumatisées doivent prendre soin d'établir une
relation de confiance avec elles. Cette relation doit être fondée,
selon Teresa Marsh, sur « l'acceptation, l'écoute, l'amour,
la compassion et la bienveillance » .
Pour instaurer cette confiance, la théra-peute s'est rendue au
domicile de la famille Drummond pour la première consultation.
Ce geste a profondément touché Dawn, qui a dit « s'être
sentie très à l'aise » pendant cette première
rencontre l'été dernier. Les visites suivantes, généralement
au bureau de Teresa, ont été extrêmement bénéfiques
pour la mère et pour le fils, soutient Dawn.
Il est aussi important d'enseigner à la personne traumatisée
l'importance de prendre soin d'elle-même grâce à des
techniques qui lui permettent de se détendre dans les moments d'anxiété.
« Ces techniques peuvent être extrêmement utiles quand
le client prend conscience de la gravité de son traumatisme et
cherche des façons d'exprimer ses sentiments », explique
Teresa Marsh.
Les conseillers doivent s'assurer que le client peut compter sur un solide
réseau d'amis et de parents. Ce réseau est important parce
que la thérapie « ouvre souvent la voie entre autres à
une foule de flash-backs, de mauvais rêves et de comportements autodestructeurs
», poursuit la thérapeute.
Dawn, par exemple, a obtenu un immense soutien de UMOVE. « Chaque
mère connaissait le genre de douleur que j'endurais, se rappelle
Dawn, c'était un tel soulagement de savoir que je pouvais parler
de ce que je ressentais et que les gens pouvaient s'identifier à
moi. »
Outre sa mission d'entraide, UMOVE milite sur le plan politique. Après
une recrudescence de meurtres parmi les jeunes noirs à Toronto,
le groupe a orga-nisé une vigile pour la paix à Nathan Phillips
Square, à l'automne 2001. L'organisme espère participer
à des réunions de sensibilisation de la collectivité,
comme des séminaires dans les écoles, dit Audette Shephard,
l'actuelle présidente de UMOVE.
En attendant, Dawn Drummond incite les personnes traumatisées à
demander de l'aide. « Il est impossible de surmonter une telle douleur
par soi-même... il faut l'exprimer, en parler, la verbaliser. Or,
cela ne se fait pas seul ».
* nom confidentiel
Nate Hendley
Pour de plus amples renseignements, communiquez avec Audette Shephard,
présidente, UMOVE, 545, rue Sherbourne, app. 2001, Toronto (Ontario)
M4X 1W5, tél. : 416 922-1783.

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