 
L'éducation sur
la santé et les drogues dans les bidonvilles du Brésil
L'homme gravit le long escalier menant au quartier à flanc de
montagne -- favela -- où il a élu domicile. Chapeu Mangueira,
qui surplombe le cossu district de Leme, figure parmi les quelque 600
favelas de Rio, ville de plus de 10 millions d'habitants.
Mido dos Santos guide les touristes à travers le labyrinthe des
rues étroites de sa favela, où logent certains des habitants
les plus démunis de la ville. Il les conduit entre les rangées
de maisons de béton et de bardeau, à côté des
chiens rabougris qui se disputent de vieux restes de nourriture et d'une
cour d'école ou s'amusent des enfants. Il est ravi de partager
avec eux le sentiment de communauté qui règne à Chapeu
Mangueira. « Je veux que les gens sachent comment on vit dans mon
quartier », explique-t-il. Tout près, des ouvriers démolissent
un escalier en ruine dans le cadre d'un projet de revitalisation des favelas.
En continuant son escalade, le groupe rencontre une patrouille de militaires
au visage sévère et l'air prêt au combat. «
Ils cherchent de la drogue », déclare l'homme, en expliquant
que c'est une industrie lucrative à Rio. La marijuana, la cocaïne
et l'héroïne sont les drogues privilégiées.
La police s'aventure fréquemment dans les favelas de Rio, mais
les regards que leur jettent les résidents sont clairs. Eux et
leurs armes ne sont pas les bienvenus.
Une approche différente à la lutte antidrogue
En même temps, d'autres mesures antidrogue sont prises dans des
favelas de l'ensemble de la ville. Deux programmes de l'Organisation mondiale
de la Santé (OMS) emploient des moyens novateurs pour lutter contre
la drogue et ses méfaits.
À Rocinha, la plus grande favela de Rio, une initiative lancée
en 1997 réduit les risques d'infection par le VIH parmi les usagers
de drogues à injecter. Dans le cadre du projet, des usagers sont
recrutés pour transmettre à d'autres usagers des messages
concernant les méthodes d'injection sécuritaires. En plus
de leur remettre des condoms et des seringues propres, ils leur distribuent
des brochures et affiches sur l'importance d'utiliser des seringues stérilisées.
Comme rémunération, ces travailleurs de rue reçoivent
une petite allocation et des exa-mens médicaux.
« Ce n'est pas un programme d'échange de seringues »,
explique le Dr Andrew Hamid, professeur de médecine sociale à
l'Université Columbia de New York et l'un des principaux chercheurs
du projet. « Quand on fait la distribution de seringues, on ne sait
jamais si elles servent vraiment ou si les gens ne font que les accumuler.
C'est pourquoi on préférerait l'échange. »
Le programme actuel connaît un certain succès. « Nous
voulions savoir si un simple programme d'éducation aurait des répercussions
sur la santé », explique le médecin. Environ deux
ans après le lancement du programme, les chercheurs ont sondé
les usagers du quartier et constaté qu'ils étaient davantage
sensibilisés à la question.
Conscients que la sensibilisation n'entraîne pas obligatoirement
la modification des comportements, les chercheurs ont examiné d'autres
mesures de réussite comme les données recueillies par la
clinique médicale principale du quartier. Selon ces données,
l'incidence de maladies transmises sexuellement serait à la baisse.
« Il est facile de dire que l'on se sert d'un condom, mais à
la clinique nous en voyons les résultats, poursuit le Dr Hamid.
Le projet démontre qu'une éducation ciblée sur les
drogues peut élever le niveau de prise de conscience chez les gens.
Pour un petit projet avec de petits fonds, les résultats sont modestes
mais prometteurs. »
En collaboration avec le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF),
l'OMS a créé un autre programme prometteur, à l'intention
des usagères de drogues et leurs enfants. Dans une clinique pour
mères et enfants de la même favela, le personnel du programme
procède au dépistage du VIH et d'autres troubles neurologiques
et organiques chez les enfants. Il offre aussi aux mères des consultations
médicales et des conseils sur la façon d'améliorer
leur santé et celle de leurs enfants.
« Cela faisait partie d'une initiative plus vaste axée sur
les services de garde, le retour au travail des mères et la santé
à long terme », affirme le Dr Hamid.
Depuis sa mise en Òuvre en 1999, le projet a connu des résultats
positifs. « Ce qu'il y a de plus merveilleux, c'est que les femmes
se sentent appuyées. Elles ont de l'espoir. Elles peuvent éprouver
toute la satisfaction de mettre au monde et d'élever un enfant
en santé. Leur propre avenir ne semble plus si sombre »,
explique-t-il.
Au début appuyé par l'OMS et l'UNICEF, le projet est désormais
entre les mains de la communauté. Et comme l'initiative de distribution
de condoms et de seringues, il a toujours compté sur la participation
des résidents. « Les personnes qui prennent part au projet
sont très dévouées et fières de ce qu'elles
accomplissent », renchérit le médecin, qui demeure
associé aux deux projets à titre de conseiller.
Quand Mido dos Santos amène des touristes dans sa favela, on sent
chez lui une grande fierté, la même fierté qui s'étend
à toute la communauté, à mesure que prennent forme
les projets de revitalisation financés par le gouvernement.
Julia Drake

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