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À partir du numéro Hiver 2002, le Journal de toxicomanie et de santé mentale est publié, en anglais seulement, sous son nouveau nom -- CrossCurrents.

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L'éducation sur la santé et les drogues dans les bidonvilles du Brésil

L'homme gravit le long escalier menant au quartier à flanc de montagne -- favela -- où il a élu domicile. Chapeu Mangueira, qui surplombe le cossu district de Leme, figure parmi les quelque 600 favelas de Rio, ville de plus de 10 millions d'habitants.

Mido dos Santos guide les touristes à travers le labyrinthe des rues étroites de sa favela, où logent certains des habitants les plus démunis de la ville. Il les conduit entre les rangées de maisons de béton et de bardeau, à côté des chiens rabougris qui se disputent de vieux restes de nourriture et d'une cour d'école ou s'amusent des enfants. Il est ravi de partager avec eux le sentiment de communauté qui règne à Chapeu Mangueira. « Je veux que les gens sachent comment on vit dans mon quartier », explique-t-il. Tout près, des ouvriers démolissent un escalier en ruine dans le cadre d'un projet de revitalisation des favelas.

En continuant son escalade, le groupe rencontre une patrouille de militaires au visage sévère et l'air prêt au combat. « Ils cherchent de la drogue », déclare l'homme, en expliquant que c'est une industrie lucrative à Rio. La marijuana, la cocaïne et l'héroïne sont les drogues privilégiées.

La police s'aventure fréquemment dans les favelas de Rio, mais les regards que leur jettent les résidents sont clairs. Eux et leurs armes ne sont pas les bienvenus.

Une approche différente à la lutte antidrogue

En même temps, d'autres mesures antidrogue sont prises dans des favelas de l'ensemble de la ville. Deux programmes de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) emploient des moyens novateurs pour lutter contre la drogue et ses méfaits.

À Rocinha, la plus grande favela de Rio, une initiative lancée en 1997 réduit les risques d'infection par le VIH parmi les usagers de drogues à injecter. Dans le cadre du projet, des usagers sont recrutés pour transmettre à d'autres usagers des messages concernant les méthodes d'injection sécuritaires. En plus de leur remettre des condoms et des seringues propres, ils leur distribuent des brochures et affiches sur l'importance d'utiliser des seringues stérilisées. Comme rémunération, ces travailleurs de rue reçoivent une petite allocation et des exa-mens médicaux.

« Ce n'est pas un programme d'échange de seringues », explique le Dr Andrew Hamid, professeur de médecine sociale à l'Université Columbia de New York et l'un des principaux chercheurs du projet. « Quand on fait la distribution de seringues, on ne sait jamais si elles servent vraiment ou si les gens ne font que les accumuler. C'est pourquoi on préférerait l'échange. »
Le programme actuel connaît un certain succès. « Nous voulions savoir si un simple programme d'éducation aurait des répercussions sur la santé », explique le médecin. Environ deux ans après le lancement du programme, les chercheurs ont sondé les usagers du quartier et constaté qu'ils étaient davantage sensibilisés à la question.

Conscients que la sensibilisation n'entraîne pas obligatoirement la modification des comportements, les chercheurs ont examiné d'autres mesures de réussite comme les données recueillies par la clinique médicale principale du quartier. Selon ces données, l'incidence de maladies transmises sexuellement serait à la baisse. « Il est facile de dire que l'on se sert d'un condom, mais à la clinique nous en voyons les résultats, poursuit le Dr Hamid. Le projet démontre qu'une éducation ciblée sur les drogues peut élever le niveau de prise de conscience chez les gens. Pour un petit projet avec de petits fonds, les résultats sont modestes mais prometteurs. »

En collaboration avec le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), l'OMS a créé un autre programme prometteur, à l'intention des usagères de drogues et leurs enfants. Dans une clinique pour mères et enfants de la même favela, le personnel du programme procède au dépistage du VIH et d'autres troubles neurologiques et organiques chez les enfants. Il offre aussi aux mères des consultations médicales et des conseils sur la façon d'améliorer leur santé et celle de leurs enfants.

« Cela faisait partie d'une initiative plus vaste axée sur les services de garde, le retour au travail des mères et la santé à long terme », affirme le Dr Hamid.
Depuis sa mise en Òuvre en 1999, le projet a connu des résultats positifs. « Ce qu'il y a de plus merveilleux, c'est que les femmes se sentent appuyées. Elles ont de l'espoir. Elles peuvent éprouver toute la satisfaction de mettre au monde et d'élever un enfant en santé. Leur propre avenir ne semble plus si sombre », explique-t-il.

Au début appuyé par l'OMS et l'UNICEF, le projet est désormais entre les mains de la communauté. Et comme l'initiative de distribution de condoms et de seringues, il a toujours compté sur la participation des résidents. « Les personnes qui prennent part au projet sont très dévouées et fières de ce qu'elles accomplissent », renchérit le médecin, qui demeure associé aux deux projets à titre de conseiller.

Quand Mido dos Santos amène des touristes dans sa favela, on sent chez lui une grande fierté, la même fierté qui s'étend à toute la communauté, à mesure que prennent forme les projets de revitalisation financés par le gouvernement.

Julia Drake

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