 
Comptes rendus
K-PAX
De prime abord, le résumé du film semblait assez saugrenu : un extraterrestre
(Kevin Spacey en l'occurrence, portant des lunettes de soleil) quitte sa planète
natale, K-PAX, située à un millier d'années lumières
dans la constellation de Lrya, et arrive à la gare Grand Central de New York
avec pour mission d'étudier les habitants d'une planète de type «
BA-3 ». Prot -- ainsi se surnomme-t-il -- se retrouve en détention à
la suite d'une agression, puis la police l'interne à l'institut psychiatrique
de Manhattan.
Depuis toujours, les films grand public dépeignent les gens atteints de
troubles mentaux d'une manière inexacte et condescendante, et les établissements
qui les hébergent, de façon irréaliste. J'étais donc
curieuse de voir comment le dernier film hollywoodien, dont l'intrigue se déroule
en majeure partie dans un service psychiatrique, allait aborder ces thèmes.
À certains égards, K-PAX est d'une naïveté déconcertante.
Le réalisateur affirmerait que l'amour, la compassion et l'espoir peuvent
non seulement soulager, mais guérir, les troubles mentaux, d'où l'effet
de la gentillesse de Prot sur les autres patients de l'unité. Et que dire
du Dr Mark Powell (Jeff Bridges), psychiatre traitant de Prot ? D'une séance
à l'autre, ce médecin blasé et arrogant, généreux
pourvoyeur de pilules, se transforme en psychothérapeute soucieux et compatissant,
résolu à guérir Prot de ses étranges délires.
De plus, le film présente des personnages dont la « folie »
ne se manifeste que sous forme monosymptomatique : l'homme qui a la phobie des microbes
; la femme qui attend depuis 11 ans un appel de son prince charmant, et qui rappelle
le personnage de Blanche dans Un tramway nommé Désir, de Tennessee
Williams ; le client obsessionnel-compulsif qui ne tient pas en place, jusqu'à
ce que Prot le charge de trouver un merle-bleu.
Malgré ces défauts -- et d'autres éléments ridicules,
comme le fait qu'un psychiatre boive du scotch avec son patient pour faire passer
une séance parti-culièrement éprouvante et l'invite dans sa
famille pour célébrer l'Action de grâce -- j'avoue que... ce
film m'a plu.
Peut-être ai-je tout simplement aimé l'idée d'un être
bénévole, arrivant de nulle part, qui, tout au long de son périple,
offre compassion et réconfort sans rien demander en retour. Peut-être
ai-je apprécié voir des patients se rétablir sans médicament
et un médecin parler à son client, un processus par lequel il en apprend
autant sur lui-même que sur son client. Peut-être ai-je aussi été
séduite par l'idée qu'un homme puisse gérer son stress post-traumatique
en imaginant un monde où les sociétés ne sont pas subdivisées
en familles -- parce qu'il n'existe pas de famille, mais plutôt une vaste communauté
-- et dans lequel la criminalité, les gouvernements et la loi n'ont pas leur
place.
La brillante interprétation de Kevin Spacey donne au personnage de Prot
un certain charme, une singularité remarquable qui nous attire dans l'histoire
et nous rapproche de lui en tant que personne.
La scène du merle-bleu, dans laquelle patients, médecins et infirmiers
sont tous rivés à la fenêtre, démontre combien le simple
fait de se concentrer sur quelque chose de beau et d'insaisissable peut aider les
gens à s'évader, ne serait-ce qu'un instant, d'une sombre existence.
Diana Ballon est rédactrice-réviseure pour les publications du CTSM.
K-PAX (2001, 118 min), réalisé par Iain Softley et distribué
par Universal Pictures.

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