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Reconnaître les traditions autochtones

Le cercle d'influences :
approche sacrée au traitement de la dépendance

par Tamsen Tillson

Les statistiques dressent un sombre portrait des ravages de la toxicomanie chez les peuples autochtones du Canada. La moitié de toutes les maladies qui les affligent sont liées à l'alcool, selon Peter Menzies, directeur du Service aux Autochtones du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CTSM). Il ajoute que les admissions à des centres de traitement de la toxicomanie sont de 13 p. 100 supérieures à la moyenne nationale.

La tradition occidentale de traitement semble cependant incapable de remédier aux problèmes spécifiques aux communautés autochtones, car ces problèmes découlent d'une histoire marquée par la pauvreté, le racisme et un accès limité aux soins de santé. Les cérémonies et traditions autochtones ont été mises au ban pendant des décennies par les politiques d'assimilation du gouvernement cana-dien, qui n'ont commencé à s'assouplir qu'au milieu du XXe siècle.

« Après l'internat, les survivants cherchaient un moyen de se rétablir autre que la psychiatrie traditionnelle, qui ne leur était pas d'une grande utilité », explique Herb Nabigon, Aîné Ojibway et coordonnateur du programme de services aux Autochtones à l'école de travail social de l'Université Laurentienne. « La médecine occidentale s'occupe du corps et de l'esprit, mais néglige l'âme des patients. »

Les Premières nations ayant commencé à revendiquer leur patrimoine, les pratiques traditionnelles de guérison sont de plus en plus reconnues comme outils de traitement pour les Autochtones depuis une vingtaine d'années. Comme le précise M. Menzies, le cercle d'influences en est une des principales.

Méthode ancienne et holistique de guérison des maux de l'esprit, du corps et de l'âme, le cercle d'influences explique la maladie comme étant un déséquilibre de l'être. Les cercles d'influences -- des centaines sont utilisés par diverses tribus -- sont un réseau complexe d'idées, de symboles et de philosophies illustrés par des cercles concentriques métaphoriques. Le cercle extérieur représente le côté sombre de l'existence, celui du milieu son aspect positif, et celui du centre, l'énergie spirituelle à la base de la vie. Un cercle se subdivise en quatre portes -- nord, sud, est, ouest -- qui correspondent aux pensées, aux émotions, aux saisons et à des éléments sacrés.

Selon M. Menzies, l'approche holistique au c“ur même de la vision autochtone du monde est étrangère à la médecine occidentale, d'où l'inefficacité de cette dernière dans le traitement de la toxicomanie chez les Autochtones. « Dans la philosophie autochtone, tout est interrelié, poursuit-il. Dans la culture dominante, les approches thérapeutiques ont tendance à décortiquer les problèmes et à offrir des thérapies brèves, axées sur les solutions. » La prestation de soins adaptés à la culture et à la vision autochtone de l'univers (p. ex. cercle d'influences) pourrait améliorer les résultats thérapeutiques des Autochtones qui se remettent d'une dépendance.

Si la toxicomanie traduit un déséquilibre, le but du traitement est alors de rétablir l'équilibre et l'harmonie en examinant chaque composante du cercle d'influences du client. « Il faut affronter les craintes qui mènent à la toxicomanie, enchaîne Herb Nabigon. En notre qua-lité de guides, nous commençons par là, puis nous passons à des éléments plus positifs. Les clients apprennent à se connaître et à déterminer comment la toxicomanie a contribué à leur dysfonction. Nous encourageons la consommation d'aliments sains et l'établissement de relations et d'habitudes de vie saines. »

« Nos Aînés nous enseignent à aider les gens avec les quels nous travaillons, à reconnaître leurs qualités intrinsèques et à nous servir de ces qualités au fur et à mesure de leur développement psychologique, corporel et spirituel », ajoute Rebecca Martell, conseillère spécialisée en toxicomanie et appartenant à la Première nation de Waterhen Lake en Saskatchewan.

Transmis par les Aînés, les enseignements du cercle d'influences peuvent s'inscrire dans un processus de rétablissement global qui aide les gens à refaire leur vie. Quoique puissant, cet outil est rarement employé seul pour résoudre des problèmes complexes. Il s'inscrit dans un processus thérapeutique axé sur l'intro-spection qui, dans le cas du traitement de la toxicomanie, comporte généralement des méthodes courantes, dont la médication.

En réaction aux critiques selon lesquelles les organisations courantes ne répondent pas aux besoins des Premières nations, le CTSM a récemment créé un Service aux Autochtones qui consulte actuellement la communauté autochtone sur la meilleure façon de répondre à ses besoins en santé mentale et en toxicomanie. Le CTSM envisage d'ailleurs d'engager un Aîné.

Comprendre le cercle d'influences constitue un défi de taille, en particulier pour la population non-autochtone. « Le problème, reprend M. Menzies, c'est que les principes holistiques et ésotériques sous-jacents au cercle d'influences s'opposent à la culture dominante, qui accorde beaucoup d'importance à l'évaluation et à la quantification. En fait, certains adeptes évitent de mentionner le cercle d'influences parce qu'ils se sont fait interdire leurs cérémonies tra-ditionnelles pendant si longtemps. Les communautés et les individus en quête de guérison se tournent habituellement vers des Aînés et des animateurs réputés qui maîtrisent le cercle d'influences depuis nombre d'années. « Certaines personnes craignent que la culture dominante interprète mal le cercle et se mette à l'utiliser sans avoir la moindre idée de son fonctionnement », de dire M. Menzies.

Mais quelques partisans du cercle d'influences, dont Herb Nabigon, tendent une main prudente aux professionnels de la santé non-autochtones. Lors de la conférence Reclaiming Our Roots, parrainée à Toronto par le CTSM et l'Association canadienne pour la santé mentale, la présentation de M. Nabigon sur le cercle d'influences a été particulièrement bien accueillie par les participants, en majeure partie non-autochtones. « Ils sont venus de tous les coins de l'Ontario pour connaître nos façons d'aborder les questions de toxicomanie et de santé mentale, déclare-t-il. Ils ont appris que nos thérapies étaient tout aussi valables que les leurs, et même plus utiles auprès de la communauté autochtone. Nous avons réussi à les sensibiliser à notre approche. » En revendiquant ses traditions, y compris les enseignements du cercle d'influences, la communauté autochtone est bien placée pour venir en aide à ses membres qui sont aux prises avec une dépendance.

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