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À partir du numéro Hiver 2002, le Journal de toxicomanie et de santé mentale est publié, en anglais seulement, sous son nouveau nom -- CrossCurrents.

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Terrorisme et escalade du stress

Cheryl alkon se considère comme une new-yorkaise avisée, mais ne se sent plus en sécurité depuis le 11 septembre. En déambulant dans les rues de sa ville, elle compte les étages des édifices. Les immeubles les plus hauts sont les meilleures cibles. « Je revois les deux tours immenses et les gens qui sautaient vers une mort certaine », se rappelle la journaliste de 31 ans.

À 4 505 kilomètres du point zéro, à San Diego (Californie), Theresa Morris est en proie à d'autres angoisses. Elle doit expliquer à sa fille de sept ans ce qu'est un terroriste et pourquoi il y a eu autant de morts. « Je voudrais surtout éviter qu'Hannah grandisse dans la peur. La semaine suivant les attentats, elle n'arrêtait pas de nous poser des questions », explique Mme Morris. Cette mère de famille s'inquiète également des séquelles économiques des événements sur sa famille.

Ces deux récits illustrent un point important : le terrorisme a beaucoup augmenté le niveau de stress et d'anxiété en Amérique du Nord et dans le monde entier. Au Canada, un sondage Ipso-Reid mené en octobre a rapporté qu'un adulte sur trois se disait stressé. Les deux tiers des répondants avaient peur pour leur sécurité, et 13 p. 100 avaient du mal à dormir depuis la tragédie.

« La nature du terrorisme ainsi que les mises en garde vagues des gouvernements face à quelque chose d'aussi imprévisible sont des facteurs de stress normaux », commente le Dr Neil Rector, chef de la Clinique des troubles de l'angoisse du CTSM, à Toronto. La personne stressée peut réagir de plusieurs manières : s'arrêter sur des détails ou ne prêter aucune attention aux actualités ; retourner cent fois dans sa tête la différence entre menaces réelles et rumeurs. Elle peut être tourmentée par l'ampleur et la violence des attaques ou le réveil brutal du peuple américain devant sa vulnérabilité. Les médias, qui nous font vivre et revivre les événements dans leurs moindres détails, sont aussi une énorme source de stress.

« Certaines personnes ont peur de prendre l'avion ou d'ouvrir leur courrier », nous précise le Dr David Tolin, directeur du centre des troubles anxieux à l'Institute for Living, établissement de santé mentale situé à Hartford, au Connecticut.

La Dre Wendy Levy, psychiatre à Westport (Connecticut) a également observé les séquelles psychologiques des actes terroristes et les difficultés d'adaptation de sa clientèle. « Je vois des gens qui nient la réalité, deviennent angoissés ou se réfugient dans un mode de vie hyper régimenté. »

Les retombées psychologiques des attentats sont parfois plus intenses chez les personnes déjà vulnérables au stress. La Dre Levy constate qu'un grand nombre de ses clients se mettent à examiner les motifs mêmes qui au début les avaient conduits à la consulter. Quelques immigrants récents songent à retourner chez eux. « Ils ont émigré ici parce que le pays a la réputation d'être stable, poursuit la psychiatre. Mais la vie d'un immigrant étant déjà pénible, les événements ont été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. »

S'il est normal de se sentir stressé et anxieux devant des événements aussi traumatisants, certaines personnes présentent toutefois un stress traumatique immédiat, recensé depuis peu dans le DSM-IV, le manuel diagnostique des professionnels de la santé mentale. En général, cette forme de stress a une durée limitée : la sensation d'engourdissement ou de terreur, les idées fixes, l'anxiété envahissante et les cauchemars presque réels apparaissent dans les quatre semaines suivant le traumatisme et s'estompent après environ un mois.

Malgré tout, les événements du 11 septembre n'ont pas causé -- et ne devraient pas causer -- une épidémie de problèmes psychologiques. « La plupart des gens éprouvent de l'anxiété, s'il est peu probable qu'elle dégénère en troubles psychiatriques chroniques », reprend le Dr Tolin. Or, l'incertitude et la sensation nouvelle de fragilité sont là pour rester. « J'essaie de vivre ma vie comme avant, conclut Cheryl Alkon. Je la vois cependant sous un éclairage nouveau, car je sais que la me-nace terroriste plane sur ma ville et mon pays et que des attentats peuvent se produire à n'importe quel moment. »

Nick Sambides Junior


Si l'un de ces symptômes persiste plus de deux semaines après un traumatisme, consultez un professionnel :

-- changements des habitudes alimentaires et de sommeil

-- problèmes physiques comme les maux de tête ou d'estomac

-- incapacité de se concentrer

-- manque d'intérêt envers des activités qui avant étaient agréables

-- peur maladive de quitter la maisonSource : American Psychiatric Association

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