 
Comptes rendus
Sober for Good :
Tirer un enseignement des personnes qui ont triomphé de l'alcool
Dans son livre Sober for Good: New Solutions for Drinking Problems -- Advice
from Those Who Have Succeeded, l'auteure Anne Fletcher refuse de s'enliser dans
le débat émotif qui oppose partisans et détracteurs de l'approche
des Douze Étapes des Alcooliques Anonymes. Nous sommes loin du réquisitoire
anti-AA de Marianne Gilliam, How Alcoholics Anonymous Failed Me, ou des écrits
dithyrambiques sur « l'orthodoxie thérapeutique ». Dans Sober
for Good (« sobre à tout jamais »), l'auteure décrit
plutôt quelles méthodes sont efficaces, pour qui et pourquoi.
Anne Fletcher donne la parole aux vrais experts -- qu'elle surnomme les«
maîtres » --, soit les centaines de personnes qu'elle a rencontrées
et qui ont réussi à surmonter un grave problème d'alcool. Après
tout, ne sont-elles pas les mieux placées pour nous indiquer les méthodes
les plus efficaces ? L'auteure a découvert des faits qui ébranlent
certaines croyances bien enracinées sur les problèmes d'alcool. Son
livre introduit une notion inédite dans notre culture populaire : il existe
de nombreux moyens de devenir sobre et de le rester.
Selon Mme Fletcher, l'aspirant au qualificatif de « maître »
n'a qu'un seul critère à respecter : être sobre depuis cinq ans.
Or, la sobriété peut revêtir de nombreuses significations. Pour
la vaste majorité des 222 maîtres rencontrés, sobriété
rime avec abstinence, mais 10 p. 100 d'entre eux prennent un peu d'alcool aux occasions
spéciales, comme des fêtes de famille. Une poignée ont repris
le contrôle de leur consommation et seraient classés dans la catégorie
des buveurs occasionnels ou modérés. Il est à noter, toutefois,
que la plupart considèrent l'abstinence comme la seule méthode sûre.
Les lecteurs doivent être conscients que pour une personne aux prises avec
un grave problème d'alcool, boire peut avoir des répercussions catastrophiques,
quelle que soit la quantité consommée.
Les « maîtres » qu'a rencontrés Mme Fletcher sont parvenus
à la sobriété après avoir essayé en vain différentes
méthodes de traitement de l'alcoolisme. Certains d'entre eux étaient
des « ivrognes fonctionnels », d'autres des « alcooliques de la
rue ». Ils se sont rétablis grâce à un programme en établissement
ou grâce au soutien de leurs proches. Ils n'avaient pas tous parcouru le chemin
traditionnel avant de se résoudre au rétablissement -- c'est-à-dire,
atteindre le fond du baril -- bien que certains aient tout perdu à cause de
l'alcool.
Les récits recueillis par l'auteure font la lumière sur de nombreux
mythes associés au rétablissement d'une dépendance à
l'alcool. Pour ce faire, elle a posé des questions très pertinentes
: Est-il important d'admettre que l'on est alcoolique ?
Est-ce que refuser d'admettre son alcoolisme équivaut à vivre constamment
dans le déni ? L'étiquette d'alcoolique empêche-t-elle les gens
de demander de l'aide ? Est-il obligatoire d'adhérer à un groupe de
soutien ? Peut-on devenir sobre sans croire à une « puissance supérieure
» ? Est-il possible d'arrêter de boire sans aide ?
Si Sober for Good aborde des pro-blèmes d'une gravité variée,
il s'adresse surtout aux personnes ayant une dépendance faible ou modérée
à l'alcool qui, selon Mme Fletcher, sont mal desservies par le réseau
de traitement actuel. Jugées « non-alcooliques » selon les critères
des AA, ces personnes obtiennent généralement peu de succès
au sein des programmes des Douze Étapes. Que ces individus ne soient pas «
officiellement » alcooliques ou vivent dans le déni importe peu aux
yeux de Mme Fletcher qui s'intéresse avant tout à leur réussite.
Même si l'éditeur prétend que Sober for Good démolit
de vieilles idées préconçues, ce livre présente très
peu de nouvelles données scientifiques. S'il a fallu beaucoup de courage pour
publier ce livre aux États-Unis, où l'approche des Douze Étapes
et l'abstinence ont la primauté, cette approche de la réduction des
méfaits est répandue au Canada (et ailleurs) depuis près de
20 ans. Cet ouvrage nous rappelle cependant que les Alcooliques Anonymes, qui demeurent
la ressource la plus courante et la plus disponible, ne sont pas, et de loin, la
seule solution.
Outre les expériences motivantes d'individus qui ont réussi à
triompher de l'alcool, Anne Fletcher fournit des conclusions scientifiques à
l'appui. Elle nous fait comprendre qu'il n'existe, en définitive, aucun traitement
standard, mais des options en fonction de nos besoins.
Arthur McCudden est agent d'information principal au CTSM.
Sober for Good: New Solutions for Drinking Problems -- Advice from Those Who
Have Succeeded. Anne M. Fletcher, Houghton Mifflin, New York, 288 p., 25 $US.

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