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À partir du numéro Hiver 2002, le Journal de toxicomanie et de santé mentale est publié, en anglais seulement, sous son nouveau nom -- CrossCurrents.

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Sober for Good :
Tirer un enseignement des personnes qui ont triomphé de l'alcool

Dans son livre Sober for Good: New Solutions for Drinking Problems -- Advice from Those Who Have Succeeded, l'auteure Anne Fletcher refuse de s'enliser dans le débat émotif qui oppose partisans et détracteurs de l'approche des Douze Étapes des Alcooliques Anonymes. Nous sommes loin du réquisitoire anti-AA de Marianne Gilliam, How Alcoholics Anonymous Failed Me, ou des écrits dithyrambiques sur « l'orthodoxie thérapeutique ». Dans Sober for Good (« sobre à tout jamais »), l'auteure décrit plutôt quelles méthodes sont efficaces, pour qui et pourquoi.

Anne Fletcher donne la parole aux vrais experts -- qu'elle surnomme les« maîtres » --, soit les centaines de personnes qu'elle a rencontrées et qui ont réussi à surmonter un grave problème d'alcool. Après tout, ne sont-elles pas les mieux placées pour nous indiquer les méthodes les plus efficaces ? L'auteure a découvert des faits qui ébranlent certaines croyances bien enracinées sur les problèmes d'alcool. Son livre introduit une notion inédite dans notre culture populaire : il existe de nombreux moyens de devenir sobre et de le rester.

Selon Mme Fletcher, l'aspirant au qualificatif de « maître » n'a qu'un seul critère à respecter : être sobre depuis cinq ans. Or, la sobriété peut revêtir de nombreuses significations. Pour la vaste majorité des 222 maîtres rencontrés, sobriété rime avec abstinence, mais 10 p. 100 d'entre eux prennent un peu d'alcool aux occasions spéciales, comme des fêtes de famille. Une poignée ont repris le contrôle de leur consommation et seraient classés dans la catégorie des buveurs occasionnels ou modérés. Il est à noter, toutefois, que la plupart considèrent l'abstinence comme la seule méthode sûre. Les lecteurs doivent être conscients que pour une personne aux prises avec un grave problème d'alcool, boire peut avoir des répercussions catastrophiques, quelle que soit la quantité consommée.

Les « maîtres » qu'a rencontrés Mme Fletcher sont parvenus à la sobriété après avoir essayé en vain différentes méthodes de traitement de l'alcoolisme. Certains d'entre eux étaient des « ivrognes fonctionnels », d'autres des « alcooliques de la rue ». Ils se sont rétablis grâce à un programme en établissement ou grâce au soutien de leurs proches. Ils n'avaient pas tous parcouru le chemin traditionnel avant de se résoudre au rétablissement -- c'est-à-dire, atteindre le fond du baril -- bien que certains aient tout perdu à cause de l'alcool.

Les récits recueillis par l'auteure font la lumière sur de nombreux mythes associés au rétablissement d'une dépendance à l'alcool. Pour ce faire, elle a posé des questions très pertinentes : Est-il important d'admettre que l'on est alcoolique ?

Est-ce que refuser d'admettre son alcoolisme équivaut à vivre constamment dans le déni ? L'étiquette d'alcoolique empêche-t-elle les gens de demander de l'aide ? Est-il obligatoire d'adhérer à un groupe de soutien ? Peut-on devenir sobre sans croire à une « puissance supérieure » ? Est-il possible d'arrêter de boire sans aide ?

Si Sober for Good aborde des pro-blèmes d'une gravité variée, il s'adresse surtout aux personnes ayant une dépendance faible ou modérée à l'alcool qui, selon Mme Fletcher, sont mal desservies par le réseau de traitement actuel. Jugées « non-alcooliques » selon les critères des AA, ces personnes obtiennent généralement peu de succès au sein des programmes des Douze Étapes. Que ces individus ne soient pas « officiellement » alcooliques ou vivent dans le déni importe peu aux yeux de Mme Fletcher qui s'intéresse avant tout à leur réussite.

Même si l'éditeur prétend que Sober for Good démolit de vieilles idées préconçues, ce livre présente très peu de nouvelles données scientifiques. S'il a fallu beaucoup de courage pour publier ce livre aux États-Unis, où l'approche des Douze Étapes et l'abstinence ont la primauté, cette approche de la réduction des méfaits est répandue au Canada (et ailleurs) depuis près de 20 ans. Cet ouvrage nous rappelle cependant que les Alcooliques Anonymes, qui demeurent la ressource la plus courante et la plus disponible, ne sont pas, et de loin, la seule solution.

Outre les expériences motivantes d'individus qui ont réussi à triompher de l'alcool, Anne Fletcher fournit des conclusions scientifiques à l'appui. Elle nous fait comprendre qu'il n'existe, en définitive, aucun traitement standard, mais des options en fonction de nos besoins.

Arthur McCudden est agent d'information principal au CTSM.

Sober for Good: New Solutions for Drinking Problems -- Advice from Those Who Have Succeeded. Anne M. Fletcher, Houghton Mifflin, New York, 288 p., 25 $US.

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