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Tirons-nous le maximum des Alcooliques Anonymes ?

par Peter Armstrong

Les éditoriaux ne reflètent pas nécessairement le point de vue du CTSM. Nous encourageons les lecteurs à nous faire parvenir leurs textes. Pour de plus amples renseignements, communiquez avec la rédactrice en chef du Journal de toxicomanie et de santé mentale au 33, rue Russell,Toronto (Ontario) M5S 2S1 tél. : 416 595-6714, courriel : journal@camh.net.

Rien d'étonnant à ce que les membres des Alcooliques Anonymes (AA) soient si différents de la moyenne des gens. Ils ont tous connu la solitude, la peur, l'aliénation et la honte jusqu'à ce qu'ils rencontrent l'alcool, une source inespérée d'euphorie et de confiance en eux. Maiss ce faux ami prend sa revanche et finit par les plonger dans le désespoir. Grâce aux AA, ils retrouvent finalement espoir et sobriété.

Leurs compagnons AA commencent à se rétablir et ils se sentent alors fiers d'appartenir à la communauté souveraine des AA. Mais ce bonheur est éphémère, car ils ne tardent pas à découvrir qu'en dépit du succès retentissant du mouvement, des recherches et des autres traitements maintenant disponibles, la plupart des personnes alcooliques succombent, directement ou indirectement, des suites de la maladie.

Cette navrante constatation sert souvent de justification dans la recherche, par ailleurs légitime, d'autres traitements. Certains critiques qualifient le mouvement des AA de coercitif, moraliste, punitif, religieux et exclusif, d'autres le comparent à un culte. Et malheureusement, il arrive que cette perception déformée influence certaines études scientifiques et politiques gouvernementales, marginalisant et minimisant ainsi les AA et le traitement qu'ils prônent.

Quel gaspillage de vies humaines et d'argent !

Il serait utile de revoir ce que sont au juste les AA et ce qu'ils ont accompli en 66 ans d'existence.

Le mouvement des AA est une organisation autonome, entrepreneuriale, hautement démocratique et sans but lucratif. Il compte environ 2,1 millions d'hommes et de femmes répartis en 97 000 groupes dans 150 pays, dont 98 000 membres au Canada. Toute personne qui désire s'arrêter de boire peut en faire partie. Certains membres sont des employés du secteur privé ou public et d'organismes à but non lucratif, d'autres sont des chômeurs. Ils représentent un vaste éventail de races, d'aptitudes, de couleurs, de croyances religieuses ou laïques, de groupes d'âge et de classes socio-économiques et démographiques.

La bible des AA, intitulée Les Alcooliques anonymes, a été imprimée en 20 millions d'exemplaires dans plus de 40 langues, en braille et en gros caractères, et produite en American Sign Language sur vidéocassette.

Les AA et les programmes connexes sont le traitement privilégié parmi les professions qui exigent la sobriété (personnel des services de transport et de l'industrie automobile, agents de police, médecins) et les hôpitaux américains privés, tenus de produire de bons résultats dans un climat économique d'austérité et de responsabilisation.

Des études menées par des experts indépendants, notamment George Vaillant, professeur de psychiatrie à Harvard, et le National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism des États-Unis, démontrent l'efficacité des AA.

Les résultats thérapeutiques des AA ont également été étudiés par leurs alliés dans le secteur du traitement. Selon le centre Renascent à Toronto, axé sur la prévention, l'éducation et le traitement de la dépendance à l'alcool et aux autres drogues, une proportion pouvant atteindre les deux tiers des clients traités en établissement demeuraient sobres deux ans après avoir terminé leur traitement. La recette de leur succès ? La participation aux réunions des AA. Une analyse documentaire effectuée par Rick Csiernik de l'Université Western Ontario a conclu que le traitement en établissement suivant la méthode des Douze Étapes était à la fois essentiel, efficace et rentable. « L'approche des AA marche », soutient le Dr Graeme Cunningham, spécialiste ontarien de la toxicomanie. « Il existe des preuves scientifiques. »

Officiellement ou officieusement, les membres des AA et d'autres programmes des Douze Étapes comme Al-Anon et les Narcotiques Anonymes transmettent leur message d'espoir à des milliers d'écoles, de lieux de travail, de pénitenciers, d'hôpitaux, de centres de traitement, de foyers et de familles. Plus de 300 rencontres par semaine ont lieu dans la région de Toronto à elle seule.

Outre le traitement, l'éducation et les services d'approche, les membres des AA offrent régulièrement des services d'orientation, d'intervention précoce, de gestion du sevrage et de postcure. Ils font aussi des visites à domicile, conseillent des familles et des employeurs et dirigent des lignes secours 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Une multitude de services fournis par une organisation qui ne reçoit aucun argent du gouvernement, d'entreprises, de groupes d'intérêt, de fondations ou d'autres sources extérieures. Ne comptant que sur la générosité de ses membres, le mouvement des AA réussit non seulement à atténuer les terribles préjudices humains et économiques causés par l'alcoolisme, mais aussi à financer son expansion. Les établissements de traitement affiliés aux AA se servent de cette synergie au profit du réseau de santé. L'an dernier, par exemple, 600 bénévoles ont consacré plus de 25 000 heures au centre Renascent. Cinq cents particuliers, syndicats, fondations, entreprises et familles y ont ajouté des dons en argent et en nature totalisant 1,87 million de dollars.

Si l'on considère, d'une part, le succès universel et durable du mouvement des AA, sa rentabilité sans pareille, son adaptabilité, son coût abordable, son accessibilité et, d'autre part, la pénurie de ressources en santé, le gouvernement ne devrait-il pas promouvoir la démarche des Douze Étapes ? Renseigner les intervenants en toxicomanie et en services sociaux sur les AA et les programmes connexes ? Créer des programmes et services s'inspirant de ce modèle ?

« À cheval donné on ne regarde pas la bride », profère le dicton. En tant que professionnels résolus à combattre la dépendance, n'est-il pas de notre devoir de l'appliquer ?

Peter Armstrong est président de Renascent et de son conseil d'administration. Renascent est un centre torontois axé sur la prévention, l'éducation et le traitement de la dépendance à l'alcool et aux autres drogues.

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