 
Q et R : Établissement
des immigrants et des réfugiés
Combien d'immigrants et de réfugiés le Canada admet-il
chaque année ? Quels sont les critères d'admission ?
Le Canada admet environ 225 000 immigrants par année, dont 20
000 réfugiés. Les immigrants sont choisis en fonction d'un
système de points qui évalue leur contribution possible
au Canada. Par exemple, la connaissance du français ou de l'anglais,
un diplôme universitaire ou l'exercice d'un métier recherché
sont des critères qui donnent des points. Les réfugiés
sont admis pour des raisons humanitaires, le plus souvent à cause
de la guerre qui sévit dans leur pays ou de la persécution
dont ils sont victimes en raison de leurs croyances religieuses ou politiques.
Ils doivent prouver que leur vie pourrait être en danger s'ils retournaient
dans leur pays. Selon le Dr Morton Beiser, chef du Programme d'études
sur la culture, la communauté et la santé du Centre de toxicomanie
et de santé mentale (CTSM), ces différences établissent
de grandes distinctions entre immigrants et réfugiés.
Quels sont les facteurs d'établissement qui peuvent nuire au
bien-être des nouveaux arrivants ?
Ces facteurs diffèrent selon l'âge et le sexe, précise
le Dr Ralph Masi, fondateur du Conseil canadien de la santé multiculturelle
et professeur agrégé en sciences de la santé publique
et médecine communautaire à l'Université de Toronto.
Les jeunes peuvent avoir de la difficulté à se faire accepter
parce que leur façon de s'exprimer ou leurs repères culturels
sont différents. Il leur arrive aussi d'être victimes de
racisme. « Les jeunes ont parfois des comportements agressifs mus
par la colère ou tombent dans la dépression », explique-t-il.
Les femmes et les personnes âgées peuvent ressentir la perte
de leur indépendance et de leurs structures de soutien social.
Il peut leur être difficile de faire leurs achats ou d'établir
de nouvelles relations s'ils connaissent mal la langue du pays ou le système
des transports en commun.
Même si les immigrants sont admis en fonction de leurs compétences,
les employeurs peuvent ne pas les prendre en considération. Il
faut parfois dix ans avant qu'un immigrant puisse atteindre son plein
potentiel économique. Trente pour cent des familles immigrantes
ayant des enfants vivent sous le seuil de la pauvreté. «
Notre nation a l'obligation de veiller à ce que les immigrants
et réfugiés qui s'établissent ici soient pris en
charge », affirme Martha Ocampo, codirectrice du centre de santé
mentale torontois Across Boundaries.
Quelle est la prévalence des troubles de santé mentale
parmi les immigrants et réfugiés ? La durée du séjour
au Canada affecte-t-elle cette prévalence?
Il est difficile de mesurer et encore plus de traiter les problèmes
de santé mentale et de toxicomanie chez ces populations, soutient
Martha Ocampo. Il faut éviter de généraliser, précise
le Dr Beiser, car les immigrants et réfugiés ont non seulement
des antécédents, des attentes et des espoirs très
différents, mais il y a d'importantes distinctions à faire
entre les deux groupes.
Les études qui se poursuivent indiquent que « la plupart
des immigrants et des réfugiés ne deviennent pas la proie
de la maladie mentale ou de la toxicomanie, poursuit le médecin.
Les problèmes de santé mentale de ces groupes n'ont rien
d'unique, à l'exception peut-être du trouble de stress post-traumatique.
»
Certaines études révèlent que les immigrants ont
« une meilleure santé mentale que les Canadiens d'origine,
en particulier leurs enfants. Rien d'étonnant vu les critères
très rigoureux d'admission au pays », enchaîne le médecin.
Les immigrants ou réfugiés sont-ils plus enclins à
boire ou à consommer d'autres substances pour composer avec leur
nouvel environnement ?
« Je ne dirais pas qu'ils sont plus enclins que l'ensemble de la
population, mais c'est une façon pour eux de faire face aux difficultés,
comme n'importe qui », note Martha Ocampo. « Un des problèmes
est le lien étroit qui existe entre la toxicomanie, la pauvreté
et les conditions de vie difficiles », ajoute le Dr Beiser.
Quels sont les principaux obstacles auquels font face ces groupes pour
obtenir un traitement ?
Dans de nombreux pays, les préjugés entourant la maladie
mentale sont encore plus prononcés qu'en Amérique du Nord,
ce qui explique la réticence à obtenir de l'aide. Selon
une étude du CTSM, les immigrants chinois frappés d'un premier
épisode psychotique attendent plus longtemps avant de se faire
traiter. La définition de la maladie mentale peut aussi être
différente. Dans certaines cultures, la dépression, par
exemple, est considérée comme une faiblesse de caractère
ou un problème externe dont on doit discuter avec un chef religieux
ou un aîné de la famille, mais pas avec un professionnel
de la santé.
Il y a aussi le problème de la langue. « Nous entendons
certainement beaucoup parler du manque d'interprètes ou de formation
des personnes à qui nous faisons appel », affirme le Dr Beiser.
Il arrive que des parents qui servent d'interprètes déforment
ce que dit le client ou que le client ne veuille pas révéler
certains détails en leur présence.
Il peut être difficile pour les personnes ayant un travail mal
rémunéré ou précaire d'avoir accès
aux services, reprend le Dr Beiser. « Elles ne peuvent pas s'absenter
durant la journée pour aller chez le médecin et encore moins
pour obtenir des services de santé mentale. Les services ne sont
souvent pas offerts aux heures où elles peuvent se libérer.
» Entre outre, souligne le Dr Masi, elles ne peuvent pas se payer
les médicaments nécessaires. Il faut aussi noter notre méconnaissance
des normes culturelles de certaines populations. « Notre système
s'appuie sur l'indépendance et l'autonomie alors que bien des cultures
misent sur l'interdépendance et la famille. Peu de professionnels
de la santé savent comment agir à ce niveau. »
Le succès du traitement dépend-il du succès de
l'intégration ?
Il existe une corrélation entre la santé mentale et certains
des facteurs d'intégration -- p. ex. la langue et l'emploi. «
Ces facteurs constituent toutefois des facteurs de risque pour quiconque,
tant pour les immigrants et les réfugiés que pour l'ensemble
de la population », affirme le Dr Beiser. Plutôt que de demander
aux immigrants et aux réfugiés de s'intégrer, le
Dr Masi propose de se poser la question suivante : Que fait notre société
pour répondre aux besoins des immigrants et des réfugiés
? Plus nous réussirons à les intégrer, mieux notre
société s'en portera. Je crois que la société
canadienne repose sur l'intégration. »
Sources : Strangers Becoming Us ; Dr Morton Beiser, chaire David
Crombie sur le pluralisme culturel et la santé, chef du Programme
d'études sur la culture, la communauté et la santé
du CTSM et directeur du centre d'excellence en recherche sur l'immigration
et l'établissement de Toronto ; Dr Ralph Masi, professeur agrégé
en sciences de la santé publique et médecine communautaire
à l'Université de Toronto et fondateur du Conseil canadien
de la santé multiculturelle ; Martha Ocampo, codirectrice d'Across
Boundaries ; site Web de Citoyenneté et Immigration Canada.

|