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Panser les plaies des enfants de la guerre

par Angela pirisi

Dans les régions du globe touchées par la guerre, l'UNICEF estime que plus de deux millions d'enfants ont été tués au cours de la dernière décennie, quatre millions mutilés et un million auraient perdu leurs parents ou auraient été séparés de leur famille. Les filles risquent également le viol ou la prostitution. Plus de 300 000 enfants et adolescents sont recrutés contre leur gré au sein des forces armées, selon Amnistie internationale.

Même si certains de ces enfants meurtris par la guerre se réfugient au Canada, ils ont des besoins psychologiques particuliers exacerbés par les différences culturelles et linguistiques, en plus du stress associé à l'émigration et à l'obtention du statut de réfugié. L'exposition aux conflits armés entraîne une variété de symptômes tels qu'anxiété et peur, retards de développement, difficultés d'apprentissage, troubles du sommeil, cauchemars, isolement social, comportement violent et agressif, dépression grave et suicide. Combinés, ces symptômes peuvent mener à un diagnostic de trouble de stress post-traumatique (TSPT).

« Nous devons cependant éviter d'associer automatiquement le TSPT à ces symptômes ou de poser un diagnostic hâtif, sans envisager la complexité et la dynamique des réactions de l'enfant aux traumatismes et à la migration », explique la Dre Lucie Nadeau, pédopsychiatre à la Clinique de psychiatrie transculturelle de l'Hôpital pour enfants de Montréal. Ajoutons que les enfants ayant vécu la guerre sont parfois perturbés par leur expérience de réfugié.

« Quelques symptômes portent à confusion. Par exemple, un comportement qu'une école interprète comme de l'hyperactivité avec déficit de l'attention pourrait traduire des difficultés d'apprentissage et de concentration. Il ne s'agit pas d'un problème de comportement, mais d'une manifestation de l'anxiété et de la tristesse causées par le choc et la séparation de la famille. »

En plus d'identifier ces symptômes, les experts doivent examiner le niveau de résilience et les stratégies d'adaptation de chaque enfant pour le mener à la guérison. Il s'agit ensuite d'adopter une approche thérapeutique qui respecte le rythme de l'enfant. « Si certains enfants se libèrent en parlant de leur expérience traumatisante, d'autres ne sont pas tous à l'aise ou capables de le faire. C'est pourquoi nous devons nous montrer moins envahissants », explique Joan Borja, intervenante auprès des enfants et adolescents au Centre canadien pour victimes de torture, un organisme d'établissement.

À l'Hôpital pour enfants de Montréal, l'évaluation initiale est effectuée par une équipe multidisciplinaire, souvent avec le concours d'un interprète également capable de traduire les différences culturelles. « Nous ne tentons pas d'aborder le traumatisme dès la première rencontre, mais plutôt de reconstituer les circonstances qui ont marqué la vie de l'enfant, reprend la Dre Nadeau. Nous le faisons parler de ses déplacements, de sa vie avant le traumatisme, des traditions familiales. Cela nous permet d'identifier ses points forts et ses faiblesses et de mieux cibler la thérapie. »

Un grand nombre de programmes canadiens offrent une thérapie par l'art, le théâtre ou le jeu afin de respecter le silence du patient tout en lui offrant la possibilité de s'exprimer d'une autre manière. Cette forme de thérapie ne considère pas la verbalisation comme le seul moyen de parvenir à une sorte de catharsis.

L'expérience démontre que les enfants ont de la résilience. L'organisme d'aide aux enfants Childreach a publié l'an dernier une étude menée auprès de 315 enfants sierra-léonais ayant subi des traumatismes psychologiques et physiques liés à la guerre. À la suite d'un programme scolaire de quatre semaines axé sur leurs besoins éducatifs et affectifs, intégrant histoires, dessin, théâtre, écriture, musique et jeu, ces enfants avaient augmenté de 70 p. 100 leur niveau de concentration.

La sensibilité à la culture a aussi son importance. D'après Joan Borja, une intervention adéquate auprès de ces enfants signifie entre autres « s'exprimer dans leur langue, reconnaître et respecter leurs coutumes différentes et comprendre leur attitude à l'égard du counseling, leurs croyances religieuses et la dynamique homme-femme qui existe dans leur culture. »

Malheureusement, trop peu de professionnels connaissent bien ce domaine. De l'avis du Dr Soma Ganesan, directeur médical du département de psychiatrie de l'université de la Colombie-Britannique et de l'hôpital général de Vancouver : « Nous sommes formés selon le modèle occidental de la santé mentale. Les critères diagnostiques du DSM-IV, notre bible, ne tiennent pas compte des particularités culturelles. » Le Dr Ganesan, qui dirige le programme de psychiatrie interculturelle de l'Université, précise qu'une annexe sur les considérations culturelles vient de se greffer au DSM-IV. À l'heure actuelle, la pédopsychiatrie auprès des réfugiés n'est qu'une sous-spécialité d'une sous-spécialité. Le Dr Ganesan suggère d'intégrer la sensibilisation aux différences culturelles à la formation en santé mentale.

Les problèmes étant souvent signalés par les enseignants, travailleurs sociaux et agents d'immigration, il faut unifier notre approche communautaire de la santé mentale chez les réfugiés. En ce moment, les établissements de santé mentale font équipe avec des organismes d'établissement. Le Dr Ganesan propose de former des intervenants dans les services communautaires, les églises ou les écoles, de même que des conseillers bilingues auprès des enfants.

Les nouveaux arrivants ont généralement du mal à accéder aux services de santé mentale. Selon Mme Borja, les enfants non accompagnés glissent souvent entre les mailles du filet parce que les sociétés d'aide à l'enfance n'ont aucune politique à leur égard. De plus, contrairement aux réfugiés conventionnels, ceux qui demandent le statut de réfugié après leur arrivée au Canada ont un accès limité aux services de santé et n'obtiennent pas toujours l'aide nécessaire. Si leurs besoins sont négligés, les enfants réfugiés risquent de souffrir psychologiquement. « Plus on intervient tôt, plus les chances de guérison sont bonnes », conclut-elle.


Les enfants de la guerre

À Sarajevo, Bosnie-Herzégovine :

  • 55 p. 100 des enfants ont été la cible de coups de feu
  • 66 p. 100 ont vécu des situations où ils ont pensé perdre la vie
  • 29 p. 100 ont ressenti un chagrin insoutenable

En Angola :

  • 66 p. 100 ont vu des personnes se faire assassiner
  • 67 p. 100 ont vu des gens se faire torturer, battre ou blesser

Au Rwanda :

  • 56 p. 100 ont vu d'autres enfants tuer des gens
  • près de 80 p. 100 ont perdu des membres de leur famille immédiate
  • 16 p. 100 ont dû se cacher sous des cadavres

Source : UNICEF

Nate Hendley

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