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À partir du numéro Hiver 2002, le Journal de toxicomanie et de santé mentale est publié, en anglais seulement, sous son nouveau nom -- CrossCurrents.

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Sortir de l'internement

D'anciens patients hospitalisés réintègrent la société

Ayant vécu depuis plusieurs années en établissement, Wayne s'inquiétait à la pensée de retourner vivre en société.

Succomberait-il à nouveau au crack ? Pourrait-il continuer de prendre ses médicaments contre la schizophrénie ? Serait-il accepté dans son nouveau foyer ?

« Notre but consistait à mettre en place le soutien nécessaire à Wayne -- et à réduire le traumatisme de la transition », déclare Dawn Nassr, intervenante en soins continus au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CTSM). Elle a emmené Wayne visiter une pension torontoise où il y avait une chambre de libre. « J'avais l'impression de déjà connaître les pensionnaires », se souvient Wayne. En décembre dernier, Mme Nassr conduisait Wayne, 35 ans, à son nouveau foyer.

Après 20 ans d'hospitalisations successives, Margaret, 49 ans, était transférée, il y a un an, d'une aile psychiatrique à Regeneration House, un logement avec services de soutien. « J'ai ma propre chambre climatisée. C'est agréable », dit-elle. Une personne-ressource se trouve sur place. Des travailleurs en services communautaires rendent visite à Margaret et surveillent sa pharmacothérapie et ses activités. Elle fait sa lessive et quelqu'un l'aide à faire son ménage et lui apporte ses repas. Elle a choisi elle-même ses meubles IKEA. « C'est le plus beau logement que je n'aie jamais eu, et il paraît que je suis une locataire exemplaire », raconte-t-elle en riant.

À une autre époque, Wayne et Margaret auraient été internés toute leur vie. Aujourd'hui, selon Marisa Tacconelli, directrice des programmes en consultations externes Interact et Proact du CTSM, les clients ont davantage d'autonomie, avant tout grâce à :

  • un comportement plus stable en raison de meilleurs médicaments ou de thérapies mixtes ;
  • de plus nombreuses options de logement, dont des foyers de groupe avec soutien, des pensions, des coopératives d'habitation et des logements subventionnés ;
  • la plus grande importance apportée aux traitements « actifs » en consultations externes ;
  • divers services ambulatoires, dont la coordination des besoins élémentaires de la vie quotidienne.

La réforme de la santé mentale, entreprise par le ministère de la Santé et des Soins de longue durée, porte sur l'établissement de réseaux de soins locaux. Selon un document de 1999, Les prochaines étapes, le système offrira des choix aux personnes souffrant de troubles mentaux, qui pourront se fixer des objectifs, acquérir des compétences et avoir accès aux ressources nécessaires pour subvenir à leurs propres besoins.

Depuis 1995, 150 millions de dollars ont été investis dans les services communautaires et d'intégration, dont le financement de 51 « équipes communautaires de traitements actifs » pour éviter l'isolement du malade, en lui offrant un soutien quotidien et des visites régulières. Pourtant, « il nous reste beaucoup à faire quant au choix de logements », ajoute Mme Tacconelli. Certains sont bien, mais beaucoup de clients vivent dans des foyers de groupe privés mal organisés ou doivent s'accommoder de la précarité des refuges.

Dawn Nassr se rappelle les premières semaines critiques de la transition de Wayne. «Il était très tendu et revenait chaque jour voir l'hôpital. Peu à peu, il a pris de l'assurance et a fini par créer son propre réseau social. »

« Sans l'aide de Dawn, je ne serais pas sobre et je n'aurais pas mon propre logement, d'affirmer Wayne. Elle m'a emmené à ma première réunion TA (Toxicomanes Anonymes). » Sa sobriété a réellement amélioré l'effet des antipsychotiques de Wayne. « Je sais que je dois accepter ma maladie. Si j'interromps ma médication, je retournerai très vite à l'hôpital ou en prison. »

Margaret a été en mesure de déménager après qu'une nouvelle médication et un traitement de choc ont modéré ses changements d'humeur et ses réactions paranoïaques. Ses tentatives de suicide avaient cessé et elle était prête à changer.

«Son déménagement nous a rendu nerveux, Margaret était si attachée à l'hôpital», affirme sa travailleuse en services communautaires, Debbie Parsons d'Interact. «Nous avons pris notre temps -- en commençant par des permissions de sortie de nuit. Marguerite, son psychiatre et moi avons eu une réunion productive avec le personnel du foyer où nous avons appris que son administrateur était parent avec un ancien médecin de Margaret ; elle s'est alors sentie en pays de connaissance.»

Outre l'appui des travailleurs en services communautaires, Margaret et Wayne doivent éprouver un sentiment constant d'appartenance à un milieu pour réussir leur intégration. Depuis qu'elle habite dans son nouveau logement, Margaret va régulièrement dîner avec ses parents au restaurant. Elle écrit des poèmes et des lettres, par exemple sur le logement, qu'elle envoie aux journaux ; elle a de bons amis.

Wayne voyage et participe à des activités de son foyer où il s'est fait des amis. Pour la première fois en cinq ans, depuis le printemps 2000, il travaille une fois par semaine pour un service de livraison de produits biologiques. « J'adore ça. Il y a si longtemps que je n'ai pas travaillé. »

Selon Barbara Everett, présidente et chef de la direction de l'Association canadienne pour la santé mentale, division de l'Ontario, le facteur de réussite le plus important pour la réinsertion sociale est le « nouveau modèle de soins. Maintenant, le personnel rend visite aux clients dans leur foyer, dans la rue, dans les cafés... ». Si un client déménage, le personnel du programme maintient les services et le soutien nécessaires.

Il peut être difficile pour les clients de surmonter la barrière psychologique de l'internement -- où la routine quotidienne leur est familière et où ils ont la « liberté de régresser », de dire Mme Everett. Les aider à des tâches simples, comme s'habiller, utiliser les transports en commun, avoir une pièce d'identité et se nourrir, est essentiel.

« Wayne a fait de gros progrès, indique Mme Nassr. Quand il consommait du crack, on le retrouvait fréquemment en crise psychotique, recroquevillé sous un banc public. Son comportement était agressif et imprévisible. »

« En décembre, je recevrai une mention soulignant un an de sobriété », déclare fièrement Wayne. TA organise une soirée en ton honneur. Si j'obtiens ma mention, mes parents m'ont promis de m'emmener en Jamaïque cet hiver. » Ancien cuisinier, il songe également à s'inscrire à un cours de chef cuisinier au collège communautaire. Il a aussi fait une demande de logement.

Margaret rêve de devenir écrivaine, comme sa mère. « Je voudrais écrire un livre expliquant la vie d'une personne atteinte de maladie mentale. » Elle voudrait que d'autres comprennent son univers -- celui d'une personne intelligente et spéciale luttant jour après jour contre sa maladie mentale.

Ian Kinross

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