 
L'héroïne
sur ordonnance, oui mais avec prudence
Si l'héroïne sur ordonnance s'avère
un traitement acceptable pour les opiomanes, ses répercussions
sur le plan politique sont par contre explosives, déclarait le
Dr Michael Farrell, maître de conférence et psychiatre à
l'hôpital Maudsley, à Londres, lors d'une conférence
sur le traitement des héroïnomanes à Toronto, le 31
mai, au Centre de toxicomanie et de santé mentale.
Sommité de la toxicomanie, le Dr Farrell
souligne qu'un essai mené en Suisse au milieu des années
1990, où des opiomanes pouvaient s'injecterde l'héroïne
sous une surveillance médicale stricte, avait donné des
résultats prometteurs. D'après lui toutefois, la prescription
d'héroïne soulève une telle controverse qu'elle pourrait
éclipser les optionsde traitement traditionnelles.
« La Suisse a réussi à démontrer
qu'au sein d'une société relativement ordonnée, on
pouvait procéder à un tel essai, sans que le pays ne s'écroule
», dit-ilde cet essai triennal effectué dans 15 villes du
pays, où les participants pouvaient se présenter trois ouquatre
fois par jour à des endroits désignés pouracheter
leurs injections d'héroïne.
Les études à la suite de cet essai
font état d'une diminution de la criminalité et de la transmissionde
maladies parmi les opiomanes suisses. Malgré ce succès apparent,
le Dr Farrell soutient que cette mesure pourrait « semer la confusion
entre traitement et politiques de rechange à la lutte antidrogue
», comme la légalisation. En faisant la promotionde mesures
radicales comme l'héroïne sur ordonnance, les décideurs
et les responsables des services de traitement pourraient se polariser
et les intervenants en toxicomanie perdre ainsi leurs appuis pour obtenir
des services traditionnels de traitement de la toxicomanie, poursuit le
médecin.Le contraire pourrait également se produire : la
prolifération accélérée de traitements plus
conventionnels.
Devant l'arrivée de la prescription d'héroïne,
les politiciens « pourraient soudainement trouver que le traitement
à la méthadone n'est, somme toute, pas si mauvais que ça
», enchaîne-t-il. L'expérience suisse se distingue
de celle de l'Angleterre dans les années 1960, où les usagers
pouvaient « assez librement » obtenir leur ordonnance d'héroïne
auprès de leur médecin de famille, ce qui favorisait davantage
le marché noir. D'ailleurs, à l'époque, de nombreux
opiomanes canadiens avaient déménagé en Angleterre
afin d'obtenir légale- ment leur héroïne, explique
le Dr Farrell.
Le médecin maintient qu'au moment de déterminer
le meilleur traitement pour un héroïnomane, il faut avant
tout considérer les thérapies déjà éprouvées
avant de se pencher sur celles plus expérimentales. Par exemple,
un médecin devrait envisager le traitement à la méthadone
ou un autre opioïdede substitution pouvant être pris oralement
avant de considérer l'héroïne ou une autre drogue injec-table.
Il ajoute qu'il « existe des preuves solidesdes bienfaits de la
méthadone prise par voie orale » -- notamment une baisse
de la criminalité, de la consommation d'opiacés et des taux
d'injection -- etdes « preuves valables » de l'efficacité
de nouveaux traitements de substitution comme le LAAM etla buprénorphine.
Selon le Dr Farrell, les programmes de réadaptation
devraient « offrir un éventail complet de traitements »
et être offerts dans la collectivité. « ...À
mon avis, de 80 à 90 p. 100 des traitements devraient être
offerts dans la collectivité », où ils sont plus accessibles.
Nate Hendley

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