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Effets secondaires d'ordre sexuel indésirables

par Angela Pirisi

La dépression est de plus en plus considérée comme une véritable maladie qui, comme le cancer, le diabète et les maladies cardiaques, a une forte prévalence dans notre société. Depuis 1996, les visites chez le médecin pour cause de dépression ont augmenté de plus du tiers, et les ordonnances connexes sont en hausse de 63 p. 100, selon IMS Health, un fournisseur d'information-santé de Montréal.

Le traitement de la dépression a toutefois un prix. Même si les nouvelles familles d'antidépresseurs produisent moins d'effets secondaires indésirables, la dysfonction sexuelle fait encore souvent partie des plaintes des usagers, hommes et femmes, qui signalent un désir sexuel réduit, une absence d'orgasme ou un orgasme tardif. Certains hommes constatent une dysfonction érectile, tandis que certaines femmes se plaignent d'une diminution de la lubrification vaginale.

Les antidépresseurs qui entraînent le plus d'effets indésirables, et qui sont aussi les plus couramment prescrits, sont les ISRS (inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine, comme le PaxilMD et le ProzacMD ).


Observance thérapeutique compromise

« Plus de 50 p. 100 des patients dépressifs souffrent de problèmes sexuels associés aux antidépresseurs. Ces effets indésirables sont la cause principale de la non-observance thérapeutique », indique la Dre Cindy Meston, professeure adjointe en psychologie clinique de l'Université du Texas à Austin et spécialiste en sexualité de la femme. Or, on craint qu'en plus de la frustration et de la déception manifestes qu'apporte une vie amoureuse perturbée, ces effets indésirables détournent les patients de leur traitement médicamenteux.

Selon la première enquête sur la dysfonction sexuelle et les troubles du sommeil au Canada, publiée par l'Association canadienne pour la santé mentale en 1997, les personnes prenant des antidépresseurs étaient trois fois plus susceptibles de se plaindre de problèmes sexuels constants que la population générale. D'après le Dr Pierre Assalian, directeur de l'unité de sexualité humaine à l'Hôpital général de Montréal, le nombre de cas ne cessent d'augmenter depuis que les médecins abordent directement le sujet avec leurs patients. « Des études dans les années 1970 faisaient état de seulement huit pour cent de patients souffrant d'effets secondaires d'ordre sexuel, car les médecins n'avaient pas l'habitude de leur poser des questions à ce sujet. Lorsque les médecins se sont mis à le faire, les taux ont atteint de 40 à 70 p. 100. »


Cause de la dysfonction

Les experts n'ont pas encore élucidé pourquoi certains antidépresseurs inhibent l'appétit et la performance sexuels. Le Dr Assalian explique : « Nous savons que la dopamine est un neurotransmetteur qui augmente le désir sexuel et que la sérotonine a l'effet contraire. Selon une des théories, les femmes et les hommes dépressifs ont un faible taux de sérotonine dans le cerveau. Le fait que certains antidépresseurs accroissent le taux de sérotonine pourrait expliquer pourquoi ils ont un effet néfaste sur le fonctionnement sexuel, » alors que d'autres antidépresseurs, comme le WellbutrinMD (bupropion), qui agissent sur la dopamine, ne semblent pas affecter l'énergie sexuelle.

D'autres théories sur les dysfonctions sexuelles d'origine pharmacothérapeutique mettent en cause une mauvaise circulation sanguine dans la zone génitale et des réactions sexuelles perturbées par le système nerveux parasympathique. « L'érection, par exemple, est en partie une réaction parasympathique aux stimuli sexuels, mais les antidépresseurs l'annulent ou l'affaiblissent », poursuit le médecin. Cindy Meston ajoute que « seulement 5 p. 100 des récepteurs de la sérotonine se trouvent dans le cerveau ; les autres 95 p. 100 se situent en périphérie du corps et peuvent donc affecter plus directement la réaction sexuelle. »


Contrer les effets secondaires

Les preuves croissantes des effets néfastes des antidépresseurs sur la fonction sexuelle portent les chercheurs à s'interroger sur la meilleure façon de contrer ces effets sans compromettre le traitement. Différentes approches ont été proposées : réduction du dosage, pharmacothérapie d'appoint -- comme le ViagraMD, pour atténuer les effets secondaires -- ou encore, changement d'antidépresseurs. Le problème avec la réduction du dosage est l'efficacité réduite du traitement. La thérapie d'appoint (p. ex. un ISRS combiné au WellbutrinMD) peut contribuer à enrayer les effets sexuels indésirables mais, comme le précise le Dr Assalian, il n'y a pas encore eu assez de recherches contrôlées à double insu pour prouver l'efficacité de cette méthode.

Le fait d'arrêter temporairement sa médication pour améliorer ses rapports sexuels n'est qu'une solution provisoire à un problème à long terme, de dire le médecin. D'ailleurs, cette méthode est inefficace pour les antidépresseurs qui ont une longue demi-vie, comme le Prozac, dont les effets peuvent durer jusqu'à deux semaines ou plus après l'arrêt du traitement. L'abandon soudain d'un antidépresseur, même pendant quelques jours seulement, peut entraîner des effets secondaires désagréables, tels que des symptômes de grippe, de l'insomnie et des nausées, souligne Melissa Yuzda, pharmacienne au Centre de toxicomanie et de santé mentale. Cela peut même parfois faire resurgir les symptômes de dépression.

L'option de changer de médicament ne se fait pas aussi aisément. De l'avis de la Dre Meston, « Trouver le bon médicament est souvent un processus long et frustrant qui peut pousser le patient à abandonner toute pharmacothérapie ». La meilleure stratégie demeure peut-être la prévention. Une étude menée par la faculté de médecine de l'Université du Texas, à Galveston, propose de traiter les personnes à l'aide d'antidépresseurs dont « l'efficacité à court et à long termes est éprouvée » et qui présentent le moins d'effets indésirables sur l'activité sexuelle, comme le RemeronMD (la mirtazapine) -- pas encore offert au Canada, mais que l'on peut se procurer grâce à des modes d'accès spéciaux -- le WellbutrinMD ou le SerzoneMD. Le Dr Assalian ajoute que le CelexaMC (citalopram), un tout nouvel ISRS, a également moins d'effets indésirables.

Évidemment, il est difficile de déterminer si la cause d'un trouble sexuel est attribuable à un antidépresseur, parce que la dépression elle-même peut être à l'origine du problème. Les médecins doivent donc se renseigner sur l'existence de troubles sexuels avant le début d'un traitement aux antidépresseurs, poursuit le médecin.

Un dialogue ouvert sur la sexualité entre médecin et patient demeure sans doute le plus grand défi. « Cette responsabilité repose autant sur les épaules du médecin que sur celles du patient. Le premier doit bien vouloir aborder ce sujet, et le second, accepter de parler de problèmes éventuels », fait remarquer le Dr Assalian. Selon lui, la sexualité demeure encore un sujet tabou que les médecins abordent difficilement avec leurs patients. « Les médecins devraient avoir dans leur bureau une affiche annonçant " Ici, on parle de sexe" . J'ai un comprimé de ViagraMD derrière mon bureau. Cela semble inciter mes patients à aborder le sujet avec moi. »

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