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À partir du numéro Hiver 2002, le Journal de toxicomanie et de santé mentale est publié, en anglais seulement, sous son nouveau nom -- CrossCurrents.

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À la croisée de la sexualité, de la santé mentale et de la toxicomanie

Qu'est-ce qu'une sexualité saine ?

Ce concept n'a pas de définition simple. Selon un ouvrage de psychiatrie, la sexualité a trait à l'identité et à l'orientation sexuelles, ainsi qu'aux attitudes et sentiments par rapport à la sexualité, lesquels se distinguent de « l'expression de la sexualité et des comportements sexuels ». Notre perception d'une sexualité saine varie toutefois selon l'époque et, souvent, selon la culture, la classe sociale, l'origine ethnique et la religion.

Autrement dit, ce qui est considéré « normal » est souvent le reflet des idées préconçues de la culture dominante sur ce qui est « moral », typique ou différent. L'homosexualité est un bon exemple. C'est seulement cette année que la Chine publie un nouveau guide de psychiatrie où l'homosexualité ne figure plus sur la liste des maladies mentales. Aux États-Unis, cela ne s'est fait qu'en 1973. En Inde, l'homosexualité demeure illégale.


À quel moment une question d'identité sexuelle ou de sexualité devient-elle un problème de santé mentale nécessitant un traitement ?

Le DSM-IV qualifie de « trouble de santé mentale lié à la sexualité » les dysfonctions sexuelles, la paraphilie et les troubles de l'identité sexuelle.

Les dysfonctions sexuelles sont des perturbations du désir et de l'excitation sexuels qui causent de la détresse et des difficultés importantes sur le plan interpersonnel.

La paraphilie est définie comme « des fantasmes intenses et sexuellement excitants, des impulsions ou des comportements sexuels qui, de façon générale, durent au moins six mois et 1) portent sur des sujets non humains, 2) consistent à faire souffrir ou à humilier (soi-même ou le partenaire), ou 3) portent sur des enfants ou d'autres personnes non consentantes ». Ces fantasmes peuvent faire partie du comportement sexuel habituel de la personne ou se manifester de façon intermittente (p. ex. en période de stress). Dans tous les cas, ces impulsions ou fantasmes sont à l'origine d'un « désarroi important du point de vue clinique » ou perturbent le fonctionnement (p. ex. social, professionnel, scolaire).

Un trouble de l'identité sexuelle n'est pas seulement « l'identification complète au sexe opposé ou le désir d'y appartenir », mais aussi « un sentiment persistant et manifeste d'inconfort par rapport à son sexe ou aux rôles qui s'y rattachent. »


Y a-t-il un lien entre les problèmes d'intimité sexuelle et les problèmes de toxicomanie ?

Une sexualité saine présuppose une certaine aisance à établir une relation physique intime avec un partenaire. Certaines personnes prennent de l'alcool ou de la drogue pour se détendre et réduire leurs inhibitions lors des relations intimes. Dans de nombreuses cultures, l'alcool est accepté et fait même partie des rites de socialisation. Certains n'ont jamais de relations sexuelles et ne vont jamais à une soirée ni à un rendez-vous amoureux sans avoir bu.

Traditionnellement, beaucoup de gais, lesbiennes et bisexuels affirment leur identité sexuelle dans les bars « parce que ce sont de rares endroits où ils n'ont pas à confronter les préjugés ou la violence des personnes homophobes », de dire Farzana Doctor, responsable du Service Lesbigay du CTSM. Le harcèlement par des collègues homophobes est l'une des nombreuses raisons qui poussent les gais à se droguer, le plus souvent avec de l'alcool, mais aussi avec de la marijuana et d'autres drogues de club.


Comment les présomptions d'hétérosexualité affectent-elles la santé mentale ?

Bien que l'homosexualité soit de plus en plus acceptée, il peut être extrêmement stressant d'affirmer et de divulguer son orientation sexuelle gaie, surtout pour les jeunes, qui sont plus vulnérables à l'ostracisme de leurs pairs et de leur famille. L'autre option, celle de garder le secret, entraîne la honte et la solitude. Les gais et lesbiennes doivent non seulement confronter l'homophobie, mais également les croyances négatives qu'ils ont eux-mêmes intériorisées. Certaines études indiquent des proportions plus élevées de dépression et de tentatives de suicide chez les adolescents gais.

Sur le site Web de l'Université de Toronto, un questionnaire met au défi les hétérosexuels de répondre à des questions que peuvent confronter les personnes gaies, lesbiennes, bisexuelles ou transgenderistes. En voici quelques exemples : « Est-il possible que votre hétérosexualité ne soit qu'une phase de votre développement ? » et « Pourquoi affichez-vous autant votre hétérosexualité ? »


Comment la timidité affecte-t-elle la sexualité ?

La timidité et l'angoisse sociale empêchent certaines personnes d'établir une relation intime satisfaisante. Ce problème est plus fréquent chez les hommes, selon la Dre Lynne Henderson, directrice de la clinique de la timidité à Palo Alto, en Californie.

La timidité peut affecter tous les aspects d'une relation intime : établissement du premier contact et du premier rendez-vous, expression d'un intérêt amoureux et, éventuellement, rapports sexuels et dévoilement des émotions. D'après la Dre Henderson, une personne peut être si préoccupée par ses propres réactions qu'elle est incapable de capter les signes que l'autre lui envoie.

Le centre de conditionnement social, fondé par la Dre Henderson, vainc la timidité par des jeux de rôle mettant les clients dans des scénarios de stress. On fait appel à des bénévoles pour que les clients puissent s'exercer à parler avec des étrangers. Des conseils sont offerts sur la façon d'entamer une conversation (p. ex. lire un journal avant de se rendre à une soirée pour avoir un sujet de discussion).

La Clinique des troubles de l'angoisse du CTSM utilise une approche cognitivo-comportementale pour aider les clients à vaincre leur peur de l'intimité. Le problème n'est pas le manque de sociabilité des clients, indique le chef de la clinique, Neil Rector, mais plutôt un ensemble d'obstacles cognitifs qui les empêchent d'être à l'aise, en leur faisant penser, par exemple, qu'ils n'ont rien à dire. Une fois conscients de ces obstacles, les clients peuvent mettre en pratique de nouvelles façons d'établir des contacts.

Diana Ballon

Sources : American Psychiatric Association. Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux , 4e éd. Washington, D.C., R.R. Donnelley & Sons Company ; Homosexuality Not an Illness, Chinese Say, The Associated Press, The New York Times (8 mai 2001) ; Questionnaire sur l'hétérosexualité de Martin Rochlin, Ph.D., adapté par Mary Gibson et Gwyn Kirk, site Web de l'Université de Toronto, <studentservices.sa.utoronto.ca/ lgbtqrd/Resources/Homophobia.html> ; Kaplan and Sadock's Comprehensive Textbook of Psychiatry , 7e éd., Philadelphie, Lippincott Williams and Wilkins, 2000.

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