 
À la croisée
de la sexualité, de la santé mentale et de la toxicomanie
Qu'est-ce qu'une sexualité saine ?
Ce concept n'a pas de définition simple. Selon un ouvrage de psychiatrie,
la sexualité a trait à l'identité et à l'orientation
sexuelles, ainsi qu'aux attitudes et sentiments par rapport à la
sexualité, lesquels se distinguent de « l'expression de la
sexualité et des comportements sexuels ». Notre perception
d'une sexualité saine varie toutefois selon l'époque et,
souvent, selon la culture, la classe sociale, l'origine ethnique et la
religion.
Autrement dit, ce qui est considéré « normal »
est souvent le reflet des idées préconçues de la
culture dominante sur ce qui est « moral », typique ou différent.
L'homosexualité est un bon exemple. C'est seulement cette année
que la Chine publie un nouveau guide de psychiatrie où l'homosexualité
ne figure plus sur la liste des maladies mentales. Aux États-Unis,
cela ne s'est fait qu'en 1973. En Inde, l'homosexualité demeure
illégale.
À quel moment une question d'identité sexuelle ou de
sexualité devient-elle un problème de santé mentale
nécessitant un traitement ?
Le DSM-IV qualifie de « trouble de santé mentale lié
à la sexualité » les dysfonctions sexuelles, la paraphilie
et les troubles de l'identité sexuelle.
Les dysfonctions sexuelles sont des perturbations du désir et
de l'excitation sexuels qui causent de la détresse et des difficultés
importantes sur le plan interpersonnel.
La paraphilie est définie comme « des fantasmes intenses
et sexuellement excitants, des impulsions ou des comportements sexuels
qui, de façon générale, durent au moins six mois
et 1) portent sur des sujets non humains, 2) consistent à faire
souffrir ou à humilier (soi-même ou le partenaire), ou 3)
portent sur des enfants ou d'autres personnes non consentantes ».
Ces fantasmes peuvent faire partie du comportement sexuel habituel de
la personne ou se manifester de façon intermittente (p. ex. en
période de stress). Dans tous les cas, ces impulsions ou fantasmes
sont à l'origine d'un « désarroi important du point
de vue clinique » ou perturbent le fonctionnement (p. ex. social,
professionnel, scolaire).
Un trouble de l'identité sexuelle n'est pas seulement «
l'identification complète au sexe opposé ou le désir
d'y appartenir », mais aussi « un sentiment persistant et
manifeste d'inconfort par rapport à son sexe ou aux rôles
qui s'y rattachent. »
Y a-t-il un lien entre les problèmes d'intimité sexuelle
et les problèmes de toxicomanie ?
Une sexualité saine présuppose une certaine aisance à
établir une relation physique intime avec un partenaire. Certaines
personnes prennent de l'alcool ou de la drogue pour se détendre
et réduire leurs inhibitions lors des relations intimes. Dans de
nombreuses cultures, l'alcool est accepté et fait même partie
des rites de socialisation. Certains n'ont jamais de relations sexuelles
et ne vont jamais à une soirée ni à un rendez-vous
amoureux sans avoir bu.
Traditionnellement, beaucoup de gais, lesbiennes et bisexuels affirment
leur identité sexuelle dans les bars « parce que ce sont
de rares endroits où ils n'ont pas à confronter les préjugés
ou la violence des personnes homophobes », de dire Farzana Doctor,
responsable du Service Lesbigay
du CTSM. Le harcèlement par des collègues homophobes
est l'une des nombreuses raisons qui poussent les gais à se droguer,
le plus souvent avec de l'alcool, mais aussi avec de la marijuana et d'autres
drogues de club.
Comment les présomptions d'hétérosexualité
affectent-elles la santé mentale ?
Bien que l'homosexualité soit de plus en plus acceptée,
il peut être extrêmement stressant d'affirmer et de divulguer
son orientation sexuelle gaie, surtout pour les jeunes, qui sont plus
vulnérables à l'ostracisme de leurs pairs et de leur famille.
L'autre option, celle de garder le secret, entraîne la honte et
la solitude. Les gais et lesbiennes doivent non seulement confronter l'homophobie,
mais également les croyances négatives qu'ils ont eux-mêmes
intériorisées. Certaines études indiquent des proportions
plus élevées de dépression et de tentatives de suicide
chez les adolescents gais.
Sur le site Web de l'Université de Toronto, un
questionnaire met au défi les hétérosexuels de
répondre à des questions que peuvent confronter les personnes
gaies, lesbiennes, bisexuelles ou transgenderistes. En voici quelques
exemples : « Est-il possible que votre hétérosexualité
ne soit qu'une phase de votre développement ? » et «
Pourquoi affichez-vous autant votre hétérosexualité
? »
Comment la timidité affecte-t-elle la sexualité ?
La timidité et l'angoisse sociale empêchent certaines personnes
d'établir une relation intime satisfaisante. Ce problème
est plus fréquent chez les hommes, selon la Dre Lynne Henderson,
directrice de la clinique de la timidité à Palo Alto, en
Californie.
La timidité peut affecter tous les aspects d'une relation intime
: établissement du premier contact et du premier rendez-vous, expression
d'un intérêt amoureux et, éventuellement, rapports
sexuels et dévoilement des émotions. D'après la Dre
Henderson, une personne peut être si préoccupée par
ses propres réactions qu'elle est incapable de capter les signes
que l'autre lui envoie.
Le centre de conditionnement social, fondé par la Dre Henderson,
vainc la timidité par des jeux de rôle mettant les clients
dans des scénarios de stress. On fait appel à des bénévoles
pour que les clients puissent s'exercer à parler avec des étrangers.
Des conseils sont offerts sur la façon d'entamer une conversation
(p. ex. lire un journal avant de se rendre à une soirée
pour avoir un sujet de discussion).
La
Clinique des troubles de l'angoisse du CTSM utilise une approche cognitivo-comportementale
pour aider les clients à vaincre leur peur de l'intimité.
Le problème n'est pas le manque de sociabilité des clients,
indique le chef de la clinique, Neil Rector, mais plutôt un ensemble
d'obstacles cognitifs qui les empêchent d'être à l'aise,
en leur faisant penser, par exemple, qu'ils n'ont rien à dire.
Une fois conscients de ces obstacles, les clients peuvent mettre en pratique
de nouvelles façons d'établir des contacts.
Diana Ballon
Sources : American Psychiatric Association. Manuel diagnostique et
statistique des troubles mentaux , 4e éd. Washington, D.C.,
R.R. Donnelley & Sons Company ; Homosexuality Not an Illness, Chinese
Say, The Associated Press, The New York Times (8 mai 2001) ; Questionnaire
sur l'hétérosexualité de Martin Rochlin, Ph.D., adapté
par Mary Gibson et Gwyn Kirk, site Web de l'Université de Toronto,
<studentservices.sa.utoronto.ca/
lgbtqrd/Resources/Homophobia.html> ; Kaplan and Sadock's Comprehensive
Textbook of Psychiatry , 7e éd., Philadelphie, Lippincott Williams
and Wilkins, 2000.

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