 
Une solution de rechange
aux électrochocs ?
La thérapie magnétique,
prometteuse dans le traitement de la dépression
Si l'électroconvulsivothérapie (les électrochocs)
s'avère efficace dans le traitement de la dépression grave,
elle peut aussi entraîner des blessures et d'importants effets secondaires
indésirables, comme une perte de mémoire.
Une nouvelle technique -- semblable aux électrochocs -- soulagerait
la dépression chez certains patients, sans risque de déficiences
cognitives. C'est ce qu'affirme le Dr Gary Hasey, chef du Programme d'électroconvulsivothérapie
du Centre de soins de santé St. Joseph de Hamilton -- Centre de
services de santé Montagne. Contrairement aux électrochocs,
cette thérapie ne nécessite ni anesthésie ni induction
de convulsions. En outre, elle peut être administrée par
un seul intervenant en cliniques externes, selon un article du Journal
de l'Association médicale canadienne (JAMC), publié en janvier.
Cette technique, appelée stimulation magnétique transcrânienne
répétitive (SMT), produit un champ magnétique pulsé
pour modifier l'activité électrique cérébrale.
« Jusqu'à présent, ce traitement s'est révélé
beaucoup moins perturbateur, moins désagréable et beaucoup
plus sécuritaire [que les électrochocs] », déclare
le Dr Hasey, qui est aussi directeur clinique du programme des troubles
de l'humeur au Centre de soins de santé St. Joseph et l'un des
auteurs de l'article du JAMC. « Le c“ur, les poumons, les os et
les muscles ne ressentent aucun stress, et le traitement n'entraîne
aucune déficience cognitive importante », soutient-il.
Les appareils de SMT, mis au point dans les années 1980, servaient
d'outils diagnostiques en neurologie. En stimulant la partie motrice du
cerveau, les neurologues ont découvert qu'ils pouvaient provoquer
du mouvement dans certaines parties du corps et ainsi déterminer
si des voies nerveuses étaient intactes. Les premiers appareils
produisaient une impulsion toutes les trois secondes, tandis que les modèles
plus récents peuvent émettre jusqu'à 50 cycles par
seconde. Ces percées technologiques ont ouvert la voie à
de nouvelles possibilités dans l'utilisation thérapeutique
de la STM.
La SMT modifie le comportement des neurones défectueux grâce
à un champ magnétique créé par un courant
électrique traversant un serpentin de cuivre. Placé contre
le cuir chevelu du client, le serpentin provoque de petits courants électriques
dans les neurones en pénétrant le crâne et le cortex
cérébral.
« On suppose que la procédure modifie la neurotransmission
d'un site à un autre », explique le Dr Jeff Daskalakis, psychiatre
spécialisé en recherche sur la schizophrénie au Centre
de toxicomanie et de santé mentale. Les séances de «
traitement bref » durent de 15 à 20 minutes, et celles de
« traitement bilatéral » (les deux côtés
du cerveau), durent jusqu'à 45 minutes. Normalement, le patient
doit subir de 10 à 15 séances par jour avant que son humeur
s'améliore.
L'application thérapeutique de la SMT est encore à l'étude
à l'échelle mondiale. En fait, le Canada est le seul pays
à autoriser la vente de ces appareils pour traiter la dépression,
et seulement dans les cas où les patients ne réagissent
pas aux autres traitements, tels que les antidépresseurs et autres
formes de thérapies, ou ne peuvent pas recevoir d'électrochocs
pour des raisons médicales.
L'Université McMaster, à Hamilton, étudie l'application
thérapeutique de la SMT depuis plus de deux ans au Centre de services
de santé Montagne et est un pionnier dans ce domaine au Canada.
« Environ trois personnes sur dix réagissent positivement
au traitement, affirme le Dr Hasey. Une ou deux autres personnes sur dix
montrent une légère amélioration, alors que les cinq
autres ne réagissent pas au traitement. »
La durée de cette amélioration varie. Selon le Dr Hasey,
« les périodes de rémission durable sont donc de l'ordre
du possible, mais ce traitement est encore trop nouveau pour affirmer
que ses effets sont permanents. En fait, la plupart des résultats
nous portent plutôt à croire le contraire. »
Toujours selon l'article du JAMC, les résultats d'un essai non
contrôlé indiquent que l'effet antidépresseur des
électrochocs et de la SMT est comparable. Mais selon le Dr Hasey,
les patients psychotiques semblent mieux réagir aux électrochocs.
La SMT serait une option moins rude et plus sécuritaire pour ceux
qui peuvent en bénéficier.
Selon les scientifiques, cette technologie serait également efficace
dans le traitement d'autres troubles mentaux, comme la schizophrénie,
et de troubles neurologiques, comme la maladie de Parkinson et la chorée
de Huntington. Remplacera-t-elle un jour les électrochocs ? «
À l'heure actuelle, on ne peut l'envisager comme une panacée,
affirme le Dr Hasey. Seuls certains patients y réagissent favorablement
et la technologie en est encore à ses débuts. Lorsque nous
aurons mieux compris comment utiliser la SMT de façon optimale,
son efficacité devrait s'en trouver améliorée »,
conclut--il.
Stephen Nicholls

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