 
À la mémoire
des patients oubliés
Remembrance
of Patients Past: Patient Life at the Toronto Hospital for the Insane,
1870-1940, de Geoffrey Reaume, rend hommage aux hommes et aux
femmes enfermés au 999 de la rue Queen Ouest durant sept décennies.
M.
Reaume, un historien et ancien patient psychiatrique, dresse un portrait
sombre et monotone de la vie à l'hôpital. Créé
à partir des dossiers cliniques des patients, l'ensemble de ce
document commémoratif témoigne d'un modèle généralisé
de vie, de mort et d'hospitalisations apparemment arbitraires.
Ayant
passé quatre mois dans une unité psychiatrique, j'ai été
très touché par l'histoire de ces gens que l'auteur dépeint
avec tant de précision et de réalisme. Et très troublé
par le fait que contrairement à moi, qui n'ai perdu à l'hôpital
que quelques mois de ma vie, certains y ont passé jusqu'à
50 ans de la leur.
Quoique
tous différents, leurs récits évoquent l'époque
des personnes enfermées et oubliées.
L'auteur
nous présente le cas de Harold, un agriculteur qui a présenté
des signes de démence pendant plusieurs années mais a dû
subir un long processus d'admission de dix mois avant d'être hospitalisé.
Frank, quant à lui, a été hospitalisé immédiatement
après avoir envoyé une lettre menaçante au gouverneur
général.
Viennent
ensuite tous ceux et celles qui ont trouvé moyen d'occuper le temps
et de se divertir durant leur longue détention. Durant son hospitalisation,
Winston O. a construit une voiture pour se promener sur le terrain de
l'établissement, des violons et une pelle à neige, et venait,
paraît-il, de commencer un avion au moment de rendre l'âme.
Hospitalisée après des mois de « tension familiale
», Felicity faisait également preuve d'esprit d'initiative.
Grâce aux tissus que lui procuraient des alliés au sein de
sa famille, elle fabriquait des vêtements recherchés pour
« l'ange-reine XIII » -- nom qu'elle s'était donné
-- et « l'ange-roi », son ami imaginaire. Comme Winston, Felicity
était aimée du personnel et des autres patients, d'où
sa grande liberté durant ses années de confinement.
Mais
il y a également des tragédies. Tom a été
transféré d'un hôpital de London en 1906, à
l'âge de 45 ans. Il allait en se détériorant et, à
la fin de sa vie, mangeait même des ordures. Il est mort seul, apparemment
abandonné par sa famille.
Ce
sont de telles révélations, tirées de dossiers cliniques
archivés, qui ont poussé l'auteur à nous livrer ce
portrait de la vie à l'asile, à la mémoire des patients
oubliés.
Chris Whittaker est l'ancien directeur général du
Consumer/Survivor Information Resource Centre de Toronto.
Remembrance of Patients Past: Patient Life at the Toronto Hospital
for the Insane, 1870-1940, Geoffrey Reaume, Oxford University Press
Canada, Don Mills (Ontario), 2000, 362 p., 20,95 $.

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