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À partir du numéro Hiver 2002, le Journal de toxicomanie et de santé mentale est publié, en anglais seulement, sous son nouveau nom -- CrossCurrents.

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Turbulence ou cri de détresse ?

Comprendre le désarroi des élèves pour mieux les discipliner

par Tamsen Tillson

Les punitions corporelles qui nous gardaient dans le droit chemin par la peur -- les coups de règle assenés sur les jointures, de ceinture, ou pire encore -- sont choses du passé. Les administrations scolaires scrutent désormais plus que jamais les causes sous-jacentes des problèmes de comportement. Elles essayent de distinguer entre la polissonnerie bon enfant et les problèmes de santé mentale non diagnostiqués, de façon à mieux choisir leurs stratégies de discipline.

Les administrateurs d'école qui étudient les effets de la discipline sur le rendement scolaire ont compris qu'il n'y avait aucun avantage à intimider les élèves, à retarder leurs études ou à les couper de leurs pairs. La discipline est axée aujourd'hui sur le concept de la responsabilisation et peut faire appel à la résolution de problèmes, à la médiation par les pairs, aux périodes d'arrêt et au counselling. Les éducateurs visent ainsi à modifier le comportement et non à entraver le progrès scolaire des élèves ni à les pénaliser pour des comportements qui pourraient être symptomatiques de problèmes émotifs. Les termes « bien-être » et « estime de soi » font désormais partie du vocabulaire des politiques sur la discipline, au même moment où les ministères provinciaux de l'Éducation et les conseils scolaires essaient de réduire les problèmes de comportement de façon à aider les élèves.

Une discipline efficace est malheureusement plus cruciale que jamais puisque les enfants semblent manifester davantage de comportements problématiques que par le passé. Des rapports font état d'une escalade de violence et de possession d'armes dans les écoles. Certains enseignants ont peur de leurs élèves. Les éducateurs qui disciplinent un élève tapageur doivent maintenant faire la distinction entre les turbulences « normales » et les appels à l'aide. « La perspective de punir un élève ne m'enchante pas », explique Cindy Ranieri, directrice adjointe de l'école King City, une école secondaire publique ontarienne typique, située au nord de Toronto. « Je préfère prévenir que guérir », poursuit-elle. À l'instar de la majorité des éducateurs, Cindy Ranieri constate que les jeunes à comportements problématiques chroniques (en général des garçons) sont souvent exclus de la classe, et ce dès un très jeune âge. « Sur les 1 300 élèves de l'école, ce sont toujours les mêmes 200 qui nous causent des problèmes. »

Les effets de la discipline sur les elèves font l'objet d'études plus approfondies. Selon Cindy Ranieri, on a par exemple constaté que les suspensions, qui visent à modifier le comportement et non à pénaliser l'élève sur le plan scolaire, ont exactement l'effet contraire. Les suspensions sont perçues comme un congé par les élèves non motivés. Laissés sans supervision à la maison, ces jeunes s'en donnent à coeur joie. Chez les jeunes prêts à faire un effort, une suspension ne fait que les isoler davantage et aggraver leur retard scolaire. Par conséquent, il est maintenant courant d'exiger que les élèves suspendus se présentent à l'école pour y faire leurs travaux dans une classe sans fenêtre, à l'écart de leurs camarades.

« Si, comme bien des enfants, on voit l'école comme une prison, ma classe aurait ressemblé à l'isolement cellulaire », affirme John Knoll, ex-enseignant et superviseur d'élèves en suspension au Nouveau-Brunswick. Pour le bouffon de la classe, perdre de vue temporairement ses camarades peut être une « motivation puissante » selon lui.

S'il y a autant de philosophies concernant la discipline qu'il y a d'éducateurs au pays, le désir d'en comprendre les causes et les effets et d'apporter des changements positifs est quasi universel, aux dires de David DeWit, scientifique au CTSM chargé d'une étude sur les effets de l'environnement et de la culture scolaires sur le comportement des jeunes.
Au départ, l'étude ne devait porter que sur cinq ou six écoles, mais elle a suscité tant d'intérêt que 23 écoles ont accepté d'y prendre part. David DeWit et son associée de recherche, Lesley Akst, espèrent pouvoir déterminer, en étudiant les perceptions de l'école et de l'environnement familial des 3 000 élèves de la 9e et 10e année participants, les facteurs pouvant contribuer aux comportements problématiques. Ils étudient plusieurs sujets, notamment l'esprit qui règne à l'école, l'équité, la clarté des règles, le favoristisme des enseignants et les occasions d'apprentissage. Les chercheurs recueillent aussi des données sur la fréquence des suspensions, des retenues et des visites chez le directeur ou la directrice par suite de problèmes de comportement.

« De plus en plus d'établissements participent à ce genre de recherche, surtout depuis la série d'actes violents commis récemment dans les écoles », constate David DeWit, citant les événements de Columbine en exemple. « Les directeurs d'école et les enseignants sont conscients qu'ils peuvent prendre des mesures pour réduire les comportements problématiques. »

Les résultats préliminaires indiquent qu'il y aurait une importante corrélation entre l'isolement et plusieurs types de problèmes, ce qui laisse entendre que toute mesure disciplinaire qui isole les élèves serait contre-productive.

David DeWit espère que son étude, qui sera publiée à l'automne, aura des répercussions dans les milieux scolaires : « Nous espérons que nos résultats serviront à mettre sur pied un programme, tant à l'élémentaire qu'au secondaire, pour modifier certains des aspects du milieu scolaire sur le plan physique et social. »

C'est sûrement mieux qu'un coup de règle sur les doigts.

Solutions ontariennes

En Ontario, si un éducateur soupçonne qu'un problème cache un trouble d'apprentissage, d'hyperactivité avec déficit de l'attention ou une maladie mentale, il fait appel aux services aux élèves qui organisent alors une rencontre du comité d'identification, de placement et de révision. Le cas est ensuite évalué et l'élève est dirigé vers les services appropriés au besoin.

Autrefois, si un élève souffrant d'hyperactivité avec déficit de l'attention ou d'un trouble d'apprentissage était puni aveuglément, il avait plus de chance d'être démotivé et de quitter l'école que d'obtenir l'aide dont il avait besoin. Aujourd'hui, on tient davantage compte des besoins particuliers des élèves. Plutôt que d'exclure un élève de la classe, son cas est évalué et une solution proposée, par exemple en l'aiguillant vers un programme d'éducation spécialisée ou d'orthopédagogie.

Il existe également d'autres services dans la province pour aider les élèves qui ont des problèmes de comportement graves, comme le programme du conseil scolaire de Toronto à l'intention des élèves renvoyés de l'école, ou le programme Accès mis sur pied en septembre 1999 par le conseil scolaire du district de York. Destiné aux élèves de 12 à 19 ans qui sont expulsés ou suspendus de l'école pendant 20 jours -- souvent à la suite d'actes criminels -- le programme Accès leur permet de poursuivre leurs études en plus petits groupes grâce à un système de crédits et de suivre des cours de gestion de la colère ou de résolution de problèmes. Cette démarche vise à ne pas retarder davantage les études des jeunes qui doivent composer avec un problème d'ordre émotif ou psycho-social.

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