 
Turbulence ou cri de détresse
?
Comprendre le désarroi
des élèves pour mieux les discipliner
par Tamsen Tillson
Les
punitions corporelles qui nous gardaient dans le droit chemin par la peur
-- les coups de règle assenés sur les jointures, de ceinture,
ou pire encore -- sont choses du passé. Les administrations scolaires
scrutent désormais plus que jamais les causes sous-jacentes des
problèmes de comportement. Elles essayent de distinguer entre la
polissonnerie bon enfant et les problèmes de santé mentale
non diagnostiqués, de façon à mieux choisir leurs
stratégies de discipline.
Les
administrateurs d'école qui étudient les effets de la discipline
sur le rendement scolaire ont compris qu'il n'y avait aucun avantage à
intimider les élèves, à retarder leurs études
ou à les couper de leurs pairs. La discipline est axée aujourd'hui
sur le concept de la responsabilisation et peut faire appel à la
résolution de problèmes, à la médiation par
les pairs, aux périodes d'arrêt et au counselling. Les éducateurs
visent ainsi à modifier le comportement et non à entraver
le progrès scolaire des élèves ni à les pénaliser
pour des comportements qui pourraient être symptomatiques de problèmes
émotifs. Les termes « bien-être » et «
estime de soi » font désormais partie du vocabulaire des
politiques sur la discipline, au même moment où les ministères
provinciaux de l'Éducation et les conseils scolaires essaient de
réduire les problèmes de comportement de façon à
aider les élèves.
Une
discipline efficace est malheureusement plus cruciale que jamais puisque
les enfants semblent manifester davantage de comportements problématiques
que par le passé. Des rapports font état d'une escalade
de violence et de possession d'armes dans les écoles. Certains
enseignants ont peur de leurs élèves. Les éducateurs
qui disciplinent un élève tapageur doivent maintenant faire
la distinction entre les turbulences « normales » et les appels
à l'aide. « La perspective de punir un élève
ne m'enchante pas », explique Cindy Ranieri, directrice adjointe
de l'école King City, une école secondaire publique ontarienne
typique, située au nord de Toronto. « Je préfère
prévenir que guérir », poursuit-elle. À l'instar
de la majorité des éducateurs, Cindy Ranieri constate que
les jeunes à comportements problématiques chroniques (en
général des garçons) sont souvent exclus de la classe,
et ce dès un très jeune âge. « Sur les 1 300
élèves de l'école, ce sont toujours les mêmes
200 qui nous causent des problèmes. »
Les
effets de la discipline sur les elèves font l'objet d'études
plus approfondies. Selon Cindy Ranieri, on a par exemple constaté
que les suspensions, qui visent à modifier le comportement et non
à pénaliser l'élève sur le plan scolaire,
ont exactement l'effet contraire. Les suspensions sont perçues
comme un congé par les élèves non motivés.
Laissés sans supervision à la maison, ces jeunes s'en donnent
à coeur joie. Chez les jeunes prêts à faire un effort,
une suspension ne fait que les isoler davantage et aggraver leur retard
scolaire. Par conséquent, il est maintenant courant d'exiger que
les élèves suspendus se présentent à l'école
pour y faire leurs travaux dans une classe sans fenêtre, à
l'écart de leurs camarades.
«
Si, comme bien des enfants, on voit l'école comme une prison, ma
classe aurait ressemblé à l'isolement cellulaire »,
affirme John Knoll, ex-enseignant et superviseur d'élèves
en suspension au Nouveau-Brunswick. Pour le bouffon de la classe, perdre
de vue temporairement ses camarades peut être une « motivation
puissante » selon lui.
S'il
y a autant de philosophies concernant la discipline qu'il y a d'éducateurs
au pays, le désir d'en comprendre les causes et les effets et d'apporter
des changements positifs est quasi universel, aux dires de David DeWit,
scientifique au CTSM chargé d'une étude sur les effets de
l'environnement et de la culture scolaires sur le comportement des jeunes.
Au départ, l'étude ne devait porter que sur cinq ou six
écoles, mais elle a suscité tant d'intérêt
que 23 écoles ont accepté d'y prendre part. David DeWit
et son associée de recherche, Lesley Akst, espèrent
pouvoir déterminer, en étudiant les perceptions de l'école
et de l'environnement familial des 3 000 élèves de la 9e
et 10e année participants, les facteurs pouvant contribuer aux
comportements problématiques. Ils étudient plusieurs sujets,
notamment l'esprit qui règne à l'école, l'équité,
la clarté des règles, le favoristisme des enseignants et
les occasions d'apprentissage. Les chercheurs recueillent aussi des données
sur la fréquence des suspensions, des retenues et des visites chez
le directeur ou la directrice par suite de problèmes de comportement.
«
De plus en plus d'établissements participent à ce genre
de recherche, surtout depuis la série d'actes violents commis récemment
dans les écoles », constate David DeWit, citant les événements
de Columbine en exemple. « Les directeurs d'école et les
enseignants sont conscients qu'ils peuvent prendre des mesures pour réduire
les comportements problématiques. »
Les
résultats préliminaires indiquent qu'il y aurait une importante
corrélation entre l'isolement et plusieurs types de problèmes,
ce qui laisse entendre que toute mesure disciplinaire qui isole les élèves
serait contre-productive.
David
DeWit espère que son étude, qui sera publiée à
l'automne, aura des répercussions dans les milieux scolaires :
« Nous espérons que nos résultats serviront à
mettre sur pied un programme, tant à l'élémentaire
qu'au secondaire, pour modifier certains des aspects du milieu scolaire
sur le plan physique et social. »
C'est
sûrement mieux qu'un coup de règle sur les doigts.
Solutions ontariennes
En
Ontario, si un éducateur soupçonne qu'un problème
cache un trouble d'apprentissage, d'hyperactivité avec déficit
de l'attention ou une maladie mentale, il fait appel aux services aux
élèves qui organisent alors une rencontre du comité
d'identification, de placement et de révision. Le cas est ensuite
évalué et l'élève est dirigé vers les
services appropriés au besoin.
Autrefois,
si un élève souffrant d'hyperactivité avec déficit
de l'attention ou d'un trouble d'apprentissage était puni aveuglément,
il avait plus de chance d'être démotivé et de quitter
l'école que d'obtenir l'aide dont il avait besoin. Aujourd'hui,
on tient davantage compte des besoins particuliers des élèves.
Plutôt que d'exclure un élève de la classe, son cas
est évalué et une solution proposée, par exemple
en l'aiguillant vers un programme d'éducation spécialisée
ou d'orthopédagogie.
Il
existe également d'autres services dans la province pour aider
les élèves qui ont des problèmes de comportement
graves, comme le programme du conseil scolaire de Toronto à l'intention
des élèves renvoyés de l'école, ou le programme
Accès mis sur pied en septembre 1999 par le conseil scolaire du
district de York. Destiné aux élèves de 12 à
19 ans qui sont expulsés ou suspendus de l'école pendant
20 jours -- souvent à la suite d'actes criminels -- le programme
Accès leur permet de poursuivre leurs études en plus petits
groupes grâce à un système de crédits et de
suivre des cours de gestion de la colère ou de résolution
de problèmes. Cette démarche vise à ne pas retarder
davantage les études des jeunes qui doivent composer avec un problème
d'ordre émotif ou psycho-social.

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