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Grisé par l'eau : un trouble inexpliqué qui accompagne la psychose chronique

par Vicki O'Brien

Pouvez-vous imaginer raffoler de l'eau au point d'en boire jusqu'à 20 litres par jour ?

Les études démontrent que ce trouble étrange, nommé « intoxication volontaire par l'eau », survient chez 20 à 30 p. 100 des clients psychotiques hospitalisés, atteints habituellement de schizophrénie ou de trouble bipolaire. Depuis longtemps controversé, ce trouble semble difficile à traiter. Certains établissements, comme l'hôpital Riverview en Colombie-Britannique, traitent ces patients dans une unité séparée où l'accès à l'eau est contrôlé. D'autres, comme l'hôpital Ponoka de l'Alberta (acronyme anglais AHP), adoptent une approche moins restrictive sans isoler leurs patients.

D'après la documentation, les personnes qui boivent de l'eau avec excès présentent un faible taux de sodium dans le sang pouvant entraîner une variété de symptômes allant de la confusion et de l'agitation mentales à l'épuisement. Les personnes gravement atteintes sont très vulnérables aux crises d'épilepsie et au coma.

Bien que le Dr Pat McMillan, omnipraticien de l'AHP, croie que cette intoxication peut en effet entraîner ces terribles effets indésirables, il dit « n'avoir jamais vu un patient [atteint d'une maladie mentale chronique et intoxiqué par l'eau] avoir une crise d'épilepsie ou tomber dans le coma. D'ailleurs, la majorité de nos patients affichent un fonctionnement rénal et un bilan d'électrolytes normaux malgré leur énorme absorption d'eau. Leur organisme semble s'être adapté en quelque sorte à cette consommation. »

Ce médecin, qui a suivi six personnes atteintes pendant trois ans, essaie actuellement un nouveau traitement. Selon lui, les causes qui poussent les personnes souffrant d'un trouble mental chronique à s'intoxiquer par l'eau sont encore inconnues. Certains attribuent le trouble à une altération de l'hormone régulatrice de l'équilibre hydrique chez les personnes schizophrènes, d'autres à l'effet déshydratant des neuroleptiques. « Pour moi, plusieurs facteurs entrent en cause. Mais il ne fait aucun doute que l'hospitalisation joue un rôle indéniable. En établissement, les patients passent leur temps à boire du café, du thé et de l'eau pour noyer leur ennui. Le fantasme y est parfois pour quelque chose : le patient croit que son corps contient des impuretés qu'il faut purger ou encore qu'il doit recycler ses liquides organiques. (On a même observé des patients boire leur propre urine.) Certains clients recherchent tout simplement une sensation d'euphorie semblable à celle que procure l'alcool. »

Le traitement habituel s'articule autour de la surveillance de l'environnement du client et d'un accès très restreint à l'eau. Plusieurs pesées quotidiennes et l'évaluation régulière du taux de sodium dans le sang permettent de vérifier son observance du traitement.

« Mais le poids du client ne reflète pas toujours son absorption hydrique », ajoute le Dr McMillan. Il cite l'exemple de clients qui boivent 10 litres en très peu de temps ou d'affilée à petites gorgées, sans que leur poids ne fluctue outre mesure.

À l'AHP, le personnel réduit l'apport hydrique des clients de 100 ml à la fois jusqu'à ce qu'ils se maintiennent à un taux au-dessus de la normale, mais bien toléré par leur organisme « habitué ». « Puis, il vérifie la densité de l'urine du client plutôt que le poids et le taux sodique, car cet examen reflète mieux les changements chimiques de l'organisme », explique le Dr McMillan. (Même si l'unité spéciale de l'hôpital Riverview répondait aux meilleurs critères de pratique lors de sa construction dans les années 1980, l'hôpital prévoit modifier son traitement de l'intoxication par l'eau en fonction des résultats cliniques de l'AHP, selon Heather Cullen, chef des services aux patients de Riverview.)

Non seulement les six patients de l'hôpital albertain ont-ils atteint le niveau visé de consommation hydrique, mais leurs comportements, fonctions cognitives, médications, habitudes alimentaires et aptitudes sociales se sont améliorés graduellement. Au moins deux d'entre eux sont aujourd'hui capables de contrôler leur dépendance en milieu communautaire. « Même si cette nouvelle méthode ne donne pas des résultats foudroyants, elle est supérieure aux anciennes méthodes et nous permet de rehausser la qualité de vie de nos patients », conclut le Dr McMillan.

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