 
La musicothérapie
à l'aide des personnes souffrant de problèmes de santé
mentale
par Lisa Schmidt
Qu'il
s'agisse de consoler un enfant ou d'exprimer sa foi en Dieu, la musique
meuble notre quotidien, nos moments d'allégresse et de chagrin.
Tout nous confirme que la musique est un moyen d'expression que l'homme
utilise depuis des millénaires, des murales dans les cavernes aux
récits mythologiques, en passant par les paraboles bibliques.
De
plus en plus de professionnels de la santé qui se tournent vers
la musicothérapie sont d'avis que la musique a un effet calmant,
réparateur et curatif. Oeuvrant dans une variété
de milieux, des unités de soins intensifs aux unités psychiatriques,
ces professionnels parviennent à faciliter la respiration d'enfants
asthmatiques, à mieux gérer la douleur des personnes en
phase terminale ou à aider celles souffrant de la maladie d'Alzheimer
lorsqu'elles ne sont plus en mesure de s'exprimer par la parole.
Beaucoup
d'études ont démontré que la musicothérapie
est utile au traitement de nombreux maux physiques et mentaux. Elle a
vu le jour en Amérique du Nord au cours de la Deuxième Guerre
mondiale pour remonter le moral des troupes hospitalisées. En Europe,
vers les années 1950, les psychiatres ont commencé à
l'utiliser comme adjuvant à la psychothérapie et à
la pharmacothérapie dans le traitement des troubles de santé
mentale.
Cette
forme de thérapie utilise la musique pour promouvoir, maintenir
et rétablir l'équilibre mental, physique, émotif
et spirituel. Le musicothérapeute agréé se sert des
qualités non verbales, créatives, structurelles et émotionnelles
de la musique pour établir un rapport avec son client, ce qui favorise
la prise de conscience, l'apprentissage et l'extériorisation de
ce dernier, et son interaction avec le thérapeute et l'entourage.
Selon
Cynthia Chhina, musicothérapeute clinicienne à l'hôpital
psychiatrique de Hamilton, en Ontario, cette thérapie ne vise pas
à faire de ses clients des virtuoses. Elle permet « plutôt
l'exploration des pensées et des émotions dans un environnement
contrôlé et sécuritaire, où le thérapeute
et le client trouvent un terrain commun pour atteindre les objectifs fixés
au début de la thérapie. » Le traitement diffère
d'un client à l'autre. Un client peut trouver une façon
d'exprimer sa colère à l'aide de percussions et un autre,
de calmer ses accès maniaques grâce à de la musique
baroque et à des techniques de respiration.
La
musicothérapie a divers utilités lors du traitement d'une
maladie mentale, tout dépendant de l'autonomie fonctionnelle du
client et des forces du thérapeute. D'après Judy Langmuir,
musicothérapeute au Centre de toxicomanie et de santé mentale,
l'élément essentiel est le désir réel du client
d'explorer ses pensées et ses sentiments à l'aide de la
musique.
«
Les connaissances musicales du client sont très secondaires, ajoute-t-elle.
La réussite de la thérapie repose sur la façon dont
le client aborde le processus. » Le client peut jouer d'un instrument,
écrire des chansons, chanter ou encore simplement écouter
de la musique. En composant des textes de chansons, par exemple, une femme
a réussi à exprimer sa honte et sa peine à propos
d'événements traumatisants dont elle n'avait jamais été
capable de parler. Une autre cliente, pour sa part, préférait
l'improvisation instrumentale pour faire taire les hallucinations auditives
qui la hantaient.
La
musique touche non seulement nos émotions, mais également
notre corps. En général, la musique rythmée stimule,
tandis que la musique douce a un effet apaisant. Le musicothérapeute
français, le Dr Alfred Tomatis, a d'ailleurs découvert
qu'il y a trois fois plus de connections nerveuses entre le cerveau et
l'oreille qu'entre le cerveau et l'oeil. Ce qui pourrait expliquer pourquoi
cette forme de traitement a un tel effet sur les maladies mentales. La
musique affecte également les taux d'hormones de stress dans l'organisme.
Mme Langmuir étudie actuellement le lien entre une de ces hormones,
le cortisol, et la musique.
La
musicothérapie peut aider les personnes souffrant de troubles concomitants
de toxicomanie et de santé mentale. Mais, puisque de nombreuses
personnes prennent des drogues pour se soigner elle-même, l'objectif
premier de la thérapie est de viser les problèmes de santé
mentale sous-jacents, pour ensuite s'attaquer aux dépendances.
De
nombreuses techniques s'avèrent efficaces. Mme Chhina privilégie
l'improvisation et demande à ses clients de se pencher sur les
sentiments qu'évoque la création musicale plutôt que
sur la qualité de la prestation. « Le contenu musical est
utile au processus de guérison, soutient cette dernière.
Le thérapeute peut percevoir ce que son client exprime par la musique
qu'il ne peut formuler en paroles. Peu importe qu'il soit cohérent
ou qu'il sache chanter ou faire des rimes. L'important, c'est qu'il se
sente libre de tenter des expériences. » C'est une méthode
qui favorise l'expression et la guérison, mais ne convient pas
à tous. L'improvisation peut faire peur. Aux dires de Mme Langmuir,
« comme ils passent leur vie dans un tourbillon, certains patients
peuvent se sentir plus sécurisés dans un environnement structuré.
»
À
défaut de permettre la guérison, le traitement vise à
améliorer la qualité de vie. Les deux musicothérapeutes
interviewées constatent des changements importants chez les personnes
qui suivent ce genre de thérapie. « Le rapport qui s'établit
entre le thérapeute et le client peut devenir très intense
et émotif. C'est ce qui en fait le succès », déclare
Cynthia Chhina. La musique tisse un lien très serré entre
les personnes. Et ce lien est peut-être le plus important et le
plus apaisant qu'ont les personnes aux prises avec un trouble de santé
mentale.

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