



Questions courantes sur la diversité culturelle
par Anita Dubey
Quels sont certains des obstacles auxquels se heurtent les minorités
ethniques au moment d'obtenir des soins de santé?
Malgré
la politique canadienne d'équité en matière d'accès
aux soins de santé, il existe encore des obstacles considérables
liés à la langue, à la culture et à l'ethnicité.
Au Canada, la plupart des programmes de santé reposent sur la communication
verbale en anglais, ciblent la classe moyenne et s'inspirent des valeurs
et concepts occidentaux de socialisation, de développement de l'enfant
et de structure familiale.
Par
conséquent, de nombreux membres des communautés ethniques
n'utilisent pas les services offerts parce qu'ils trouvent les soins peu
adaptés à leurs besoins ou qu'ils ont honte de leur trouble
de santé. Selon les croyances familiales ou collectives, certaines
minorités préféreront parler à un membre de
la famille, à un ami, à un chef spirituel ou à un
guérisseur traditionnel plutôt qu'à un professionnel
de la santé.
Selon
une étude menée par des membres du Programme d'études
sur la culture, la communauté et la santé (PECCS) du Centre
de toxicomanie et de santé mentale (CTSM), les familles chinoises
attendraient beaucoup plus longtemps que les familles d'origine canadienne
avant de porter les symptômes psychotiques d'un de leurs membres
à l'attention des professionnels de la santé mentale. Ce
délai peut être dû à la crainte de la stigmatisation,
basée sur la croyance que la maladie mentale grave est héréditaire.
La divulgation du problème pourrait limiter les possibilités
de mariage des membres de la famille de la personne psychotique.
La distance à parcourir, les coûts, le manque d'information
sur la façon d'obtenir des services, la crainte du racisme, le
peu de renseignements sur les médecins de langue étrangère
et le manque de confiance peuvent aussi dissuader les groupes minoritaires
à obtenir des soins. En outre, il peut être plus difficile
pour les immigrants que pour les citoyens d'origine canadienne de manquer
le travail pour se faire soigner.

Quelle est la prévalence des problèmes de toxicomanie
et de santé mentale?
Au
Canada, il existe peu de données sur la prévalence de la
maladie mentale chez les immigrants et réfugiés, et celles
dont nous disposons se contredisent souvent. Dans l'ensemble, les recherches
effectuées avant 1970 font état de taux plus élevés
de maladie mentale chez les personnes d'origine étrangère
que chez les Canadiens de souche, tandis que la documentation plus récente
avance le contraire. Par exemple, selon une étude des membres du
PECCS, les réfugiés de l'Asie du Sud-Est souffriraient moins
de dépression grave que les Canadiens de naissance.
L'Étude
sur la santé des enfants de l'Ontario et l'Enquête longitudinale
nationale sur les enfants de Statistique Canada révèlent
que les enfants immigrants auraient, dans l'ensemble, moins de troubles
de santé mentale que les enfants d'origine canadienne. Les enquêteurs
du PECCS ont analysé les conclusions de l'enquête longitudinale
et constaté que les enfants pauvres d'origine étrangère
étaient moins vulnérables aux troubles de santé mentale
que les enfants pauvres d'origine canadienne et ce, même si la pauvreté
est un facteur de risque pour tous les enfants et si les familles immigrantes
sont, dans les dix premières années suivant l'arrivée,
plus pauvres que les familles d'origine canadienne. La raison? Les enfants
pauvres d'origine canadienne sont plus susceptibles de venir de familles
qui manquent d'encadrement parce qu'elles sont dysfonctionnelles ou dirigées
par un parent atteint de maladie mentale. Chez les immigrants, en revanche,
la pauvreté est plus souvent liée à des circonstances
extérieures, comme la migration, qu'à l'instabilité
émotive. Certains diront même que le fait d'immigrer est
signe de grande résistance et de débrouillardise.
De
nos jours, la plupart des nouveaux arrivants en Ontario viennent de pays
d'Asie où le taux d'alcoolisme est faible. Bien que les immigrants
boivent rarement excessivement à leur arrivée, les problèmes
liés à l'alcool augmenteraient avec le temps selon des études
effectuées par des chercheurs du PECCS. À mesure qu'ils
s'acclimatent, les immigrants adopteraient certaines des mauvaises habitudes
de leur communauté d'accueil.

À quelles difficultés se heurte-t-on au moment d'évaluer
les troubles de toxicomanie et de santé mentale chez les minorités
ethniques?
Même
si elle n'est pas totalement fiable, l'entrevue clinique constitue le
principal outil d'évaluation des troubles de toxicomanie et de
santé mentale. Les particularités de certaines communautés
sur le plan de la langue, des croyances et des coutumes peuvent créer
des malentendus entre cliniciens et clients. Pour composer avec le stress,
certaines victimes de torture parlent avec froideur de leur expérience.
Les Asiatiques et Hispaniques mettent souvent l'accent sur les manifestations
physiques plutôt qu'émotives du stress, comme les maux de
tête et de ventre, et n'admettent avoir des pensées suicidaires
que si on leur demande. Même les interprètes peuvent gêner
la communication en adoucissant ou minimisant les questions qu'ils jugent
non appropriées.
Quant
à eux, les intervenants tentent parfois d'appliquer à un
client ou à un groupe une norme adaptée à une culture
spécifique au lieu d'utiliser une norme générale
ou universelle, plus appropriée. Par exemple, une diplômée
universitaire chinoise dont la famille est au Canada depuis trois générations
réagira probablement davantage comme une Canadienne ou une Européenne
de naissance qu'une personne venue tout récemment de Chine.

Comment peut-on améliorer l'accès aux soins?
Offrir
des services à une multitude de communautés constitue un
défi de taille. Il faut former et éduquer continuellement
les intervenants, leur faire prendre conscience de leurs préjugés
et fausses impressions et élaborer des outils d'évaluation
adaptés sur le plan culturel.
La formation devrait éviter de donner une image peu flatteuse des
immigrants et d'entretenir les stéréotypes qui les entourent,
pour mettre plutôt l'accent sur la réalité pratique.
Les professionnels de la santé devraient se pratiquer à
poser des questions sur les attitudes et croyances de leurs clients, par
exemple :
- Avez-vous un nom particulier pour ce malaise?
- Comment ce malaise serait-il traité dans votre pays d'origine?
- Selon vous, quelle est la cause de votre état?
- Que signifie pour vous le fait d'être immigrant?
- Que signifie pour vous le fait d'être réfugié?
- Depuis combien de générations votre famille est-elle
au Canada?
Les
intervenants devraient être mieux formés pour travailler
avec les interprètes. Par exemple, les interprètes pourraient
suggérer aux cliniciens de poser différemment une question
pour ne pas heurter le client. Ils pourraient aussi se familiariser à
la terminologie de la toxicomanie et de la santé mentale, et apprendre
à retenir leur envie naturelle d'adoucir les commentaires potentiellement
gênants des intervenants.
Enfin,
les communautés ethniques doivent être représentées
au sein des conseils d'hôpitaux, des facultés universitaires
et dans d'autres postes d'influence. C'est ainsi qu'on réfutera
les préjugés à leur égard.
Sources : Dr Morton Beiser, Programme d'études sur la culture,
la communauté et la santé, CTSM; Mental Health and the
Italian Community, Doctor's Hospital, Toronto; Encyclopedia of
Mental Health, vol. II; Growing Up Canadian
 
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