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À partir du numéro Hiver 2002, le Journal de toxicomanie et de santé mentale est publié, en anglais seulement, sous son nouveau nom -- CrossCurrents.

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Questions courantes sur la diversité culturelle

par Anita Dubey

Quels sont certains des obstacles auxquels se heurtent les minorités ethniques au moment d'obtenir des soins de santé?

Malgré la politique canadienne d'équité en matière d'accès aux soins de santé, il existe encore des obstacles considérables liés à la langue, à la culture et à l'ethnicité. Au Canada, la plupart des programmes de santé reposent sur la communication verbale en anglais, ciblent la classe moyenne et s'inspirent des valeurs et concepts occidentaux de socialisation, de développement de l'enfant et de structure familiale.

Par conséquent, de nombreux membres des communautés ethniques n'utilisent pas les services offerts parce qu'ils trouvent les soins peu adaptés à leurs besoins ou qu'ils ont honte de leur trouble de santé. Selon les croyances familiales ou collectives, certaines minorités préféreront parler à un membre de la famille, à un ami, à un chef spirituel ou à un guérisseur traditionnel plutôt qu'à un professionnel de la santé.

Selon une étude menée par des membres du Programme d'études sur la culture, la communauté et la santé (PECCS) du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CTSM), les familles chinoises attendraient beaucoup plus longtemps que les familles d'origine canadienne avant de porter les symptômes psychotiques d'un de leurs membres à l'attention des professionnels de la santé mentale. Ce délai peut être dû à la crainte de la stigmatisation, basée sur la croyance que la maladie mentale grave est héréditaire. La divulgation du problème pourrait limiter les possibilités de mariage des membres de la famille de la personne psychotique.
La distance à parcourir, les coûts, le manque d'information sur la façon d'obtenir des services, la crainte du racisme, le peu de renseignements sur les médecins de langue étrangère et le manque de confiance peuvent aussi dissuader les groupes minoritaires à obtenir des soins. En outre, il peut être plus difficile pour les immigrants que pour les citoyens d'origine canadienne de manquer le travail pour se faire soigner.

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Quelle est la prévalence des problèmes de toxicomanie et de santé mentale?

Au Canada, il existe peu de données sur la prévalence de la maladie mentale chez les immigrants et réfugiés, et celles dont nous disposons se contredisent souvent. Dans l'ensemble, les recherches effectuées avant 1970 font état de taux plus élevés de maladie mentale chez les personnes d'origine étrangère que chez les Canadiens de souche, tandis que la documentation plus récente avance le contraire. Par exemple, selon une étude des membres du PECCS, les réfugiés de l'Asie du Sud-Est souffriraient moins de dépression grave que les Canadiens de naissance.

L'Étude sur la santé des enfants de l'Ontario et l'Enquête longitudinale nationale sur les enfants de Statistique Canada révèlent que les enfants immigrants auraient, dans l'ensemble, moins de troubles de santé mentale que les enfants d'origine canadienne. Les enquêteurs du PECCS ont analysé les conclusions de l'enquête longitudinale et constaté que les enfants pauvres d'origine étrangère étaient moins vulnérables aux troubles de santé mentale que les enfants pauvres d'origine canadienne et ce, même si la pauvreté est un facteur de risque pour tous les enfants et si les familles immigrantes sont, dans les dix premières années suivant l'arrivée, plus pauvres que les familles d'origine canadienne. La raison? Les enfants pauvres d'origine canadienne sont plus susceptibles de venir de familles qui manquent d'encadrement parce qu'elles sont dysfonctionnelles ou dirigées par un parent atteint de maladie mentale. Chez les immigrants, en revanche, la pauvreté est plus souvent liée à des circonstances extérieures, comme la migration, qu'à l'instabilité émotive. Certains diront même que le fait d'immigrer est signe de grande résistance et de débrouillardise.

De nos jours, la plupart des nouveaux arrivants en Ontario viennent de pays d'Asie où le taux d'alcoolisme est faible. Bien que les immigrants boivent rarement excessivement à leur arrivée, les problèmes liés à l'alcool augmenteraient avec le temps selon des études effectuées par des chercheurs du PECCS. À mesure qu'ils s'acclimatent, les immigrants adopteraient certaines des mauvaises habitudes de leur communauté d'accueil.

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À quelles difficultés se heurte-t-on au moment d'évaluer les troubles de toxicomanie et de santé mentale chez les minorités ethniques?

Même si elle n'est pas totalement fiable, l'entrevue clinique constitue le principal outil d'évaluation des troubles de toxicomanie et de santé mentale. Les particularités de certaines communautés sur le plan de la langue, des croyances et des coutumes peuvent créer des malentendus entre cliniciens et clients. Pour composer avec le stress, certaines victimes de torture parlent avec froideur de leur expérience. Les Asiatiques et Hispaniques mettent souvent l'accent sur les manifestations physiques plutôt qu'émotives du stress, comme les maux de tête et de ventre, et n'admettent avoir des pensées suicidaires que si on leur demande. Même les interprètes peuvent gêner la communication en adoucissant ou minimisant les questions qu'ils jugent non appropriées.

Quant à eux, les intervenants tentent parfois d'appliquer à un client ou à un groupe une norme adaptée à une culture spécifique au lieu d'utiliser une norme générale ou universelle, plus appropriée. Par exemple, une diplômée universitaire chinoise dont la famille est au Canada depuis trois générations réagira probablement davantage comme une Canadienne ou une Européenne de naissance qu'une personne venue tout récemment de Chine.

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Comment peut-on améliorer l'accès aux soins?

Offrir des services à une multitude de communautés constitue un défi de taille. Il faut former et éduquer continuellement les intervenants, leur faire prendre conscience de leurs préjugés et fausses impressions et élaborer des outils d'évaluation adaptés sur le plan culturel.
La formation devrait éviter de donner une image peu flatteuse des immigrants et d'entretenir les stéréotypes qui les entourent, pour mettre plutôt l'accent sur la réalité pratique. Les professionnels de la santé devraient se pratiquer à poser des questions sur les attitudes et croyances de leurs clients, par exemple :

  • Avez-vous un nom particulier pour ce malaise?
  • Comment ce malaise serait-il traité dans votre pays d'origine?
  • Selon vous, quelle est la cause de votre état?
  • Que signifie pour vous le fait d'être immigrant?
  • Que signifie pour vous le fait d'être réfugié?
  • Depuis combien de générations votre famille est-elle au Canada?

Les intervenants devraient être mieux formés pour travailler avec les interprètes. Par exemple, les interprètes pourraient suggérer aux cliniciens de poser différemment une question pour ne pas heurter le client. Ils pourraient aussi se familiariser à la terminologie de la toxicomanie et de la santé mentale, et apprendre à retenir leur envie naturelle d'adoucir les commentaires potentiellement gênants des intervenants.

Enfin, les communautés ethniques doivent être représentées au sein des conseils d'hôpitaux, des facultés universitaires et dans d'autres postes d'influence. C'est ainsi qu'on réfutera les préjugés à leur égard.

Sources : Dr Morton Beiser, Programme d'études sur la culture, la communauté et la santé, CTSM; Mental Health and the Italian Community, Doctor's Hospital, Toronto; Encyclopedia of Mental Health, vol. II; Growing Up Canadian

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juillet/auôt 1999
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