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Le mal de vivre

La dysthymie : un état peu connu et rarement soigné

par Diana Ballon

Sarah* réussit habituellement ce qu'elle entreprend. Elle n'a jamais échoué d'année scolaire ni perdu d'emploi. Pourtant, elle ne semble pas atteindre son plein potentiel. Elle occupe des emplois pour lesquels elle est surqualifiée, perd rapidement intérêt envers ses relations amoureuses et n'a pas suffisamment confiance en elle pour s'organiser une vie professionnelle et personnelle plus satisfaisante.

Sarah souffre de dysthymie, un type de dépression chronique qui s'installe habituellement à l'enfance ou à l'adolescence et, d'après le DSM-IV, se fait sentir plus souvent qu'autrement durant au moins deux ans chez l'adulte et un an chez l'enfant. Les adultes dysthymiques ont tendance à dire qu'ils se sentent tristes ou démoralisés, alors que les enfants sont plutôt irritables. Pour recevoir un diagnostic de dysthymie, une personne doit avoir au moins deux des symptômes suivants : appétit faible ou démesuré, insomnie ou hypersomnie, manque d'énergie ou fatigue, mauvaise estime de soi, manque de concentration, difficultés à prendre des décisions, désespoir.

Les symptômes de dysthymie ressemblent à ceux de la dépression grave (qu'auront 90 p. 100 des personnes dysthymiques au moins une fois dans leur vie), mais apparaissent habituellement plus tôt, sont moins intenses et durent plus longtemps.

Selon le Dr Michael Thase, professeur de psychiatrie à l'école de médecine de l'Université de Pittsburgh et expert en la matière, une dysthymie non soignée peut durer des années, voire des décennies. Lors d'une récente conférence de professionnels de la santé à Toronto, le professeur a souligné l'importance de traiter cette condition débilitante trop longtemps ignorée, qui affecterait entre trois et cinq pour cent de la population. La dysthymie est trois fois plus courante chez les femmes que chez les hommes, et trois à cinq fois plus courante chez les personnes qui ont des antécédents familiaux de dépression.

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La dysthymie réduit considérablement la qualité de vie. Selon le Dr Thase, elle serait aussi contraignante qu'une dépression grave ou une insuffisance cardiaque globale et plus contraignante que le diabète ou un ulcère gastro-duodénal. Entre 35 et 40 p. 100 des personnes atteintes ne se marient jamais. Il y aurait plusieurs raisons à cela, selon le professeur. Entre autres, plus de 75 p. 100 des personnes dysthymiques ont d'autres troubles psychiatriques, comme des troubles anxieux, des phobies sociales, ou encore des problèmes liés à l'alcool ou à d'autres drogues. La plupart ont une attitude pessimiste et de la difficulté à gérer le stress, ce qui rend les défis difficiles à relever.

De nombreuses personnes dysthymiques passent de deux à trois jours par mois au lit. La plupart d'entre elles n'occupent pas d'emploi ou n'obtiennent pas de promotion, et s'absentent souvent de leur travail ou ne respectent pas leurs échéances.

Malgré ses effets néfastes, la dysthymie passe souvent inaperçue.

«Dans les premiers temps, on s'intéressait beaucoup plus aux troubles intenses qu'aux troubles chroniques», expliquait lors de la même conférence le Dr Zindel Segal de l'Unité de thérapie cognitivo-comportementale du Centre de toxicomanie et de santé mentale. D'expliquer le Dr Segal, cela signifie que l'attention a été portée plutôt vers la dépression grave, dont les symptômes sont plus intenses, même si la dysthymie chronique cause davantage d'absentéisme au travail et de difficultés sociales.

Malgré les preuves de l'origine biologique de la dysthymie, seulement 50 p. 100 environ des personnes atteintes suivent un traitement aux antidépresseurs, souvent sans succès ou pour une période limitée. De nombreuses personnes méprennent les symptômes de dysthymie (comme le mécontentement continuel ou la propension à se plaindre) pour des traits de caractère. De dire le Dr Segal, les gens ont aussi tendance à sous-estimer le rapport avantages-risques de ce trouble de l'humeur et à croire qu'il ne vaut pas la peine de s'en préoccuper.

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Le Dr Thase recommande aux personnes dysthymiques qui réagissent bien à un antidépresseur d'en prendre de six à neuf mois pour ensuite abandonner graduellement le médicament, selon leur situation de vie. D'après le médecin, les risques de rechute sont d'environ 50 p. 100 dans les six mois suivant l'abandon. Ceux qui poursuivent le traitement courent à peu près 10 p. 100 de risques de rechute par année. «Malgré ces chiffres, ajoute le Dr Thase, nous ne savons pas si les personnes atteintes devraient s'attendre à prendre des médicaments toute leur vie.»

La psychothérapie peut servir de thérapie d'accompagnement ou de remplacement. En raison de leur approche pragmatique, les thérapies cognitivo- comportementale et interpersonnelle se sont révélées efficaces dans le traitement de plusieurs types de dépression. Toutes deux reposent sur le principe que nos pensées et sentiments sont intimement liés et qu'il est donc possible de comprendre, orienter -- voire contrôler -- nos pensées négatives de façon à améliorer notre humeur. Selon une récente étude menée par le Dr Segal, la thérapie cognitivo-comportementale réduit davantage les risques de rechute post-traitement que le traitement de maintien aux antidépresseurs.

Pour sa part, Sarah arrive à mieux se concentrer et à donner un meilleur rendement au travail depuis qu'elle prend une légère dose de Paxil, accompagnée d'une thérapie cognitivo- comportementale. Elle dit se sentir moins anxieuse et avoir plus d'énergie pour faire des activités. Elle a moins de conflits avec sa famille et ses amis. Pour la première fois dans sa vie, Sarah entretient une relation amoureuse à long terme. Elle se dit «plus heureuse que jamais.»

*nom fictifdiversité

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juillet/auôt 1999
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