Centre de toxicomanie et de sant¹ mentale

Programmes de toxicomanie

Programmes de sant¹ mentale

Services d'¹ducation et de sant¹ communautaire

Recherche

         
 
CTSM

Série Mise au point

Ordonnances de traitement
en milieu communautaire :
aperçu et recommandations

La Fondation du CTSM Éducation Publications Bénévoles Carrières
 


Table de matières

 Ce document a été révisé en mars 2001 à la demande du Conseil des patients de la rue Queen, qui estimait que sa position n'avait pas été correctement représentée dans la section Position des organismes pertinents face à la politique. Pour consulter la section révisée du document, cliquez ici. Le reste n'a pas changé.

Introduction

Motifs pour réclamer des OTC : La présence dans la collectivité de personnes atteintes d'une maladie mentale, non traitées et non inscrites à un traitement

Résultats des efforts antérieurs pour résoudre le problème

Évaluation de l'impact des politiques Précédentes

Aborder le problème

Le besoin d'une politique

Revue des publications sur les OTC


Position des organismes pertinants face à la politique

Comité consultatif médical du CTSM

Conseil des patients de la rue Queen

Association canadienne pour la santé mentale -- Division de l'Ontario

Association médicale de l'Ontario (AMO) Sous-section de la psychiatrie

Société de schizophrénie de l'Ontario

ACSM -- Division de la C.-B.

ACSM -- National

Mental Health Legal Committee (MHLC)

Family Mental Health Alliance (FMHA)

Mood Disorders Association (MDA)

National Association for the Mentally Ill (NAMI)

En résumé


Expérience dans d'autres territoires

Rapport du Noueau-Brunswick sur la Journée de consultations sur les OTC, 1999

Saskatchewan

Australie

Un cadre global au problème

'Mise au point' sur les OTC

Réseau de traitement et de soutien

Portée et nature de la législation sur les OTC

Processus d'adoption des OTC

Recherche et évaluation

Bibliographie

haut

Introduction

Une ordonnance de traitement en milieu communautaire (OTC) est un outil ou un mécanisme juridique émis par un praticien qui décrit dans quelles conditions une personne atteinte d'une maladie mentale peut vivre dans la collectivité (ACSM -- division de l'Ontario). Lorsqu'une personne déroge à une OTC, elle doit retourner dans un établissement psychiatrique pour une évaluation. Elle ne sera pas hospitalisée. L'OTC sont aussi appelée : traitement coercitif en milieu communautaire, traitement obligatoire en milieu communautaire, engagement contraignant en consultations externes et internement communautaire.

L'objet du débat public sur le besoin d'instaurer une politique en matière d'OTC est la hausse apparente dans la collectivité du nombre de personnes atteintes d'une maladie mentale qui ne sont pas inscrites à un traitement. Cette hausse est due notamment à la tendance actuelle qui favorise les soins communautaires sur les soins en institution, et à l'insuffisance de ressources et stratégies nécessaires pour retenir les personnes en traitement une fois qu'elles ont réintégré la collectivité.

Le Centre de toxicomanie et de santé mentale s'est penché sur la question des OTC. Ont participé à l'étude clients, familles, groupes de revendication, personnel clinique et médical, et groupes d'intérêt, de manière à englober le plus de points de vue possible.

La question de l'utilité des OTC est complexe et controversée. Cela se reflète dans les divergences d'opinion qui existent au sein même du Centre et parmi ses groupes d'intérêt.

haut

 

In English / Chercher / Bibliothèque du CTSM / Activité / Aide / Guide du Centre

 

 
Vous êtes ici :
CTSM
> Français > À propos des déclarations de prises de position du Centre et le serie Mise au point > Ordonnances de traitement en milieu communautaire : aperçu et recommandations
 
Ordonnances de traitement en milieu communautaire : aperçu et recommandations -- Formulaire PDF -- Revised March 2001

Couverture (PDF)

Resumé

Couverture de Resumé

Vous n'avez pas Acrobat Reader ?
Téléchargez-le gratuitement à partir de ce site-ci.
 
Sur cette page
Renseignements
Pages apparentées
À propos des déclarations de prises de position du Centre et le serie Mise au point
 
Vous n'avez pas Acrobat Reader ?
Téléchargez-le gratuitement à partir de ce site-ci
 
 



Motifs pour réclamer des OTC :
La présence dans la collectivité de personnes atteintes d'une maladie mentale, non traitées et non inscrites à un traitement

La préoccupation publique au sujet de l'apparente hausse du nombre de personnes atteintes d'une maladie mentale dans la collectivité qui ne sont pas inscrites à un traitement soulève certaines questions à propos de la mise en place de mécanismes de rechange, comme les OTC, qui pourraient aider les clients à demeurer en traitement.

Ce groupe de personnes représente en réalité deux groupes distincts :

  • les personnes qui ont des contacts avec le réseau de santé mentale et qui, pour des motifs variés, refusent le traitement qui leur est offert;
  • les personnes vivant dans la collectivité qui n'ont littéralement aucun contact avec le réseau de santé mentale et qui sont manifestement malades; beaucoup d'entre elles sont sans-abri.

Il est important d'établir une distinction entre les deux groupes puisque dans d'autres territoires, les OTC ont été conçues à l'intention des personnes qui appartiennent au premier groupe.

Les partisans des OTC ont émis l'hypothèse selon laquelle elles constituent un mécanisme viable qui ouvre les portes du réseau de traitement à ce groupe. Les opposants répliquent qu'il existe de meilleures solutions au problème de la perte des 'récalcitrants 'et que les preuves de l'efficacité des OTC sont bien minces. On se doit de noter qu'il existe également un groupe de clients qui cherchent activement de l'aide, mais qui ont de la difficulté à accéder aux services. En conséquence, leur état de santé s'aggrave.

En outre, les différents points de vue des nombreux groupes d'intérêt quant aux causes du problème et à ses solutions ne font qu'ajouter à sa complexité. Du point de vue des fournisseurs, le problème traduit l'échec du réseau à retenir les personnes qui nécessitent des services de santé mentale, y compris l'éventail complet des services psychiatriques et de soutien par les pairs. Les médecins, en particulier, ont tendance à croire qu'ils ont la responsabilité médicale de faire de leur mieux pour aider une personne à accepter le traitement. Le point de vue sociétal gravite autour du risque couru par les membres du public qui côtoient dans leur collectivité des personnes dont la maladie non traitée pourrait les rendre violentes ou incapables de prendre soin d'elles-mêmes. L'itinérance aggrave ces préoccupations. Pour leur part, les gouvernements considèrent que le problème réside dans la recherche de l'équilibre entre la protection des droits individuels et collectifs afin de subvenir aux besoins de la personne tout en protégeant la société.

Bon nombre de raisons expliquent pourquoi les personnes en questions ne recherchent pas de traitement : le droit de ne pas rechercher un traitement, la perception que le traitement est dangereux ou, à tout le moins, pas très utile, ou la maladie les rend incapables de comprendre qu'elles ont besoin d'un traitement. Certaines familles perçoivent cela comme un refus du réseau de santé mentale de faire face à la musique et d'accepter qu'une petite sous-population refuse invariablement le traitement ou éprouve des difficultés extrêmes et prévisibles à le suivre. Ainsi, les familles sont d'avis que le réseau doit se doter d'un mécanisme plus robuste que celui qui est actuellement en place pour retenir ces personnes en traitement.

Les critiques du réseau de santé mentale, de même que beaucoup de ceux qui travaillent en son sein, prétendent que le suivi des soins fait défaut, que le réseau manque d'intégration et de ressources et qu'il n'est pas axé sur le client. C'est pour ces raisons, entre autres, que de nombreuses personnes passent entre les mailles du filet. Finalement, il y a les personnes qui croient que le problème est perpétuel, c'est-à-dire qui croient qu'il y aura toujours des gens, quelle que soit la perfection du réseau, qui refuseront le traitement et qu'il incombe à la société d'accepter cet état de chose et d'apprendre à vivre avec.

haut

Résultats des efforts antérieurs pour résoudre le problème

Dans le cadre des programmes de réforme de la santé mentale, on met au point présentement des services à l'intention des personnes atteintes d'un problème grave de santé mentale. Ces services abordent précisément les besoins nécessaires pour vivre en société et sont notamment la gestion de cas, le traitement communautaire dynamique (TCD), les services communautaires d'intervention en situation de crise et le soutien par les pairs. Les services qui ciblent plus précisément les personnes atteintes d'une maladie mentale qui n'ont qu'un contact éloigné avec le réseau de santé mentale (candidats éventuels aux OTC) sont rares, quoique certains pourraient faire valoir que les services ci-dessus pourraient être adaptés à cette fin. Ces personnes sont reconnaissables par leur utilisation sporadique des services d'urgence et en établissement (souvent avec un certificat), et par leur risque élevé de rechute ou de séquelles, y compris de manifester des comportements agressifs résultant de l'absence de traitement. Les profils cliniques complexes sont fréquents et incluent les problèmes de consommation abusive de drogues et les handicaps de développement. Ces personnes que l'on décrit souvent comme étant 'difficiles à servir 'représentent un petit mais inquiétant noyau de la population des personnes atteintes de troubles de santé mentale.

Parmi ces programmes, citons le CRCT/COTA Hostel Outreach Program (HOP) et Contact à l'Hôpital St. Michael, une équipe de traitement communautaire dynamique pour les clients aux prises avec des troubles complexes de santé mentale qui sont ' difficiles à joindre '. Dans le cadre d'un autre programme ayant vu le jour récemment, on met sur pied des programmes de déjudiciarisation pour écarter les personnes souffrant d'une maladie mentale de l'appareil judiciaire, duquel elles n'ont aucune chance de retirer quelque avantage que ce soit, pour elles ou pour la société. Restent à voir les résultats du programme de déjudiciarisation et si, en fait, ce programme aide vraiment ces personnes à demeurer en traitement.

Nous avons appris que ces programmes sur mesure exigent une forte main-d'oeuvre, et que les clients doivent y passer beaucoup de temps avant d'accepter les soins et le soutien appropriés. Les HOP donnent de 10 à 11 mois à une personne pour accepter les services. Le programme commence par offrir aux clients un service qu'ils désirent ardemment (p. ex. hébergement). Il est entendu que le programme doit pallier aux besoins primaires de la personne avant que cette dernière puisse se concentrer sur sa santé et ses problèmes de santé mentale.

L'évaluation d'un service de réadaptation communautaire, un service de gestion de cas CRCT, a révélé que les clients inscrits ne commençaient à montrer des signes d'amélioration (fonctionnelle et qualité de vie) qu'après deux ou trois ans. Cela illustre la gravité du problème et montre qu'il est grand temps que les fournisseurs se rendent compte que même un programme soi-disant idéal n'est pas une panacée. Aussi, le personnel du programme Contact a activement remis en question le fait que les OTC amélioreraient l'observation du traitement. Ils ont conclu que dans la grande majorité des cas, les OTC auraient plutôt un effet nuisible sur la relation thérapeutique. Toutefois, dans une poignée de cas exceptionnellement difficiles, elles pourraient se montrer salutaires.

Beaucoup de ceux qui résistent au traitement deviennent sans-abri et finissent dans la rue, ou dans des refuges; c'est pourquoi l'hébergement devient la pierre angulaire du service. Dundas/Osler, un programme d'hébergement concerté impliquant le Centre, offre un soutien souple et a réussi à loger des personnes que plusieurs ne pensaient jamais voir réintégrer la société. Certaines preuves montrent qu'un logement stable peut, en soi, avoir des répercussions positives sur l'ajustement d'une personne à la vie en société, et atténuer les symptômes chez celles qui ne prennent pas de médicaments. L'expérience, toutefois, suggère que l'hébergement, jumelé à un soutien approprié, réussi beaucoup mieux à aider les personnes à vivre dans la collectivité, et que l'hébergement en soi n'est pas la solution au problème.

haut

Évaluation de l'impact des politiques précedents


La province de l'Ontario baigne actuellement dans l'environnement politique de la réforme de la santé mentale. En 1993, le gouvernement rendait public un plan stratégique dans un document intitulé : Mettre la personne au premier plan : La réforme des services de santé mentale en Ontario. Ce document établissait un calendrier de dix ans pour l'application de la réforme. Il s'attardait surtout sur la désinstitutionnalisation des soins et avait fixé un objectif ambitieux de réaffectation aux collectivités de l'argent auparavant versé aux institutions, et faisait passer le ratio de 80/20 à 40/60.

En 1998, à mi-chemin de ce plan de dix ans, le gouvernement a demandé la tenue d'un examen consultatif afin d'évaluer les progrès de la réforme. L'examen, avec le député Dan Newman à la barre, a rapporté que le message au gouvernement était de ' se mettre au travail 'puisque la majorité des parties concernées avaient l'impression que les travaux avançaient à pas de tortue. L'orientation de la politique faisait presque l'unanimité, mais pour progresser, le gouvernement devait injecter plus d'argent, plus rapidement, dans les services communautaires, fournir des fonds transitoires et définir plus clairement le rôle des participants, y compris celui du ministère de la Santé.

En réponse à l'examen, le gouvernement a publié deux documents : 'Making it Happen: Implementation Plan for Mental Health Reform' et 'Making it Happen: Operational Framework for the Delivery of Mental Health Services.' Le 'Operational Framework' décrit en détails les principes sous-jacents de la réforme de la santé mentale et les services devant être assurés dans son cadre. Le document s'attarde sur le concept de responsabilité partagée et sur une meilleure collaboration entre les hôpitaux et les programmes communautaires (ententes de services partagées) en réponse aux besoins des personnes qui nécessitent des services. Il insiste également sur l'importance d'adopter une démarche individualisée et axée sur le client qui mise sur les points forts de ce dernier.

Du 'Implementation Plan' transparaît une préoccupation concernant la rationalisation de l'accès aux services et la consolidation des liens entre les services afin d'assurer une transition sans heurts partout dans le réseau de prestation de services. Le document définit la population prioritaire comme les personnes aux prises avec des troubles graves de santé mentale. Il décrit un éventail de soins complet qui englobe trois niveaux de besoins : de première ligne (prévention, évaluation et traitement pour la population en général), intensifs (évaluation et traitement pour les personnes atteintes d'un trouble grave de santé mentale) et soins spécialisés (équipes TCD et services spécialisés en établissement pour les personnes atteintes de troubles psychiatriques extrêmement complexes). Vraisemblablement, la population qui tirerait avantage des OTC est celle que se trouve aux niveaux intensifs et spécialisés des besoins, mais principalement au niveau des besoins spécialisés. Des services, disponibles à tous les niveaux, viennent les compléter et sont notamment l'hébergement, l'aide au revenu, l'initiative personnelle, le soutien familial, les entreprises des utilisateurs de services et le soutien social et récréatif.

Comme l'a confirmé l'examen Newman, les progrès de la réforme de la santé mentale sont très lents.

haut

Le manque de soutien communautaire et les problèmes croissants en matière d'accès aux soins en établissement résultant en fermetures de lits ont fait surface suite à certains changements édictés par la réforme et ont suscité des plaintes. Les complications relatives à la fermeture d'hôpitaux psychiatriques provinciaux ont retardé le transfert des ressources à l'Annexe 1 et encore plus aux services communautaires. La fragmentation de plus en plus flagrante des services soulève des préoccupations puisqu'elle est contraire aux objectifs initiaux d'intégration et d'uniformité. Le grand public a l'impression qu'un plus grand nombre de personnes gravement malades vivent maintenant dans la collectivité avec moins de soutien. Cette perception s'ajoute au fait qu'un grand nombre des changements ont eu un effet nuisible sur la santé mentale de ces personnes.

D'un autre côté, la réforme de la santé mentale a suscité la participation des familles et des clients sous tutelle, l'évaluation des programmes et d'autres secteurs de services de santé mentale. Les exigences de financement (p. ex. fonds pour l'investissement communautaire) ont poussé les services institutionnels et communautaires à collaborer à la planification d'un éventail de services intégrés. La planification des fermetures d'hôpitaux psychiatriques exige l'évaluation détaillée des niveaux de fonctionnalité des clients, l'évaluation des niveaux de service et la conception de mesures de soutien adéquates avant que les clients ne reçoivent leur congé de l'hôpital. De plus, on a récemment versé des fonds à l'intention des TCD, des services d'intervention améliorée aux patients en situation de crise et de gestion intensive des cas. Ces fonds devraient aider le réseau à mieux prendre en charge les personnes atteintes d'une maladie mentale grave, y compris celles qui sont 'difficiles à servir .'

Bref, le réseau est actuellement en pleine mutation et de nombreuses années devront s'écouler avant que l'on sache si la réforme de la santé mentale est un succès. On peut certainement faire valoir que les documents publiés par le gouvernement abordent les besoins en matière de services des personnes qui, pense-t-on, profiteraient des OTC, mais ces services ne sont, en général, pas encore en place. Pendant ce temps, la réalité persiste, s'aggrave peut-être, et il y a de plus en plus de personnes atteintes d'une maladie mentale, non traitées, dans la collectivité. Cette réalité continue de pousser le gouvernement à passer à l'action.

haut

Aborder le problème

Le besoin d'une politique

Nous nous attardons ici aux OTC, mais la présence de personnes atteintes d'une maladie mentale dans la collectivité est un problème beaucoup plus vaste qui soulève des questions sur l'incapacité du réseau de santé mentale à retenir les personnes 'difficiles à servir 'dans l'engrenage des services et des programmes de soutien. À cela, le Centre répond qu'il faut examiner la question dans sa globalité avant de s'attaquer à la façon dont les OTC seront mises en application et à la façon dont elles seront structurées pour en tirer le maximum d'efficacité, le cas échéant. Bref, on ne doit pas considérer les OTC comme une panacée au problème d'inobservation du traitement. Leur efficacité dépend plutôt de la présence d'une vaste gamme de services et de programmes de soutien connexes.


Revue des publications sur les OTC

Il est important de reconnaître qu'il existe différentes formes d'OTC. Swartz (1995) décrit les trois formes suivantes :

  • une sorte d'autorisation de s'absenter pour les patients hospitalisés contre leur gré (existe déjà en Ontario -- Loi sur la santé mentale, article 27);
  • une solution de rechange à l'hospitalisation pour les patients qui satisfont aux critères d'admission pour un traitement en établissement;
  • une solution de rechange pour les patients qui ne satisfont pas aux critères d'admission et dont l'état risque de s'aggraver.

Il semble que les deux dernières formes d'OTC soient les plus courantes, mais la dernière forme est celle que l'on rencontre le plus souvent. Le présent document se préoccupe de la question des deux dernières formes. La première, souvent traitée comme un sujet différent dans la littérature, est offerte au patient capable de consentir à une autorisation de s'absenter, alors que dans les deux autres cas, le consentement n'est pas obligatoire.

Les OTC existent sous différentes formes depuis des dizaines d'années. Il y a eu des travaux de recherche à leur sujet, mais ceux-ci sont imparfaits sous plusieurs aspects. Les variables confusionnelles sont entre autres des problèmes de méthodologie concernant le manque de discrimination entre les effets du traitement et ceux de l'absence de traitement, des critères variables en matière de sélection des patients, un manque de transparence en ce qui a trait au groupe ciblé par les OTC, et des résultats imprécis ou mal mesurés (Swartz, 1999). McIvor (1998) ajoute quant à lui que même si les études indiquent que les OTC réduisent la fréquence et la durée des hospitalisations, il est quand même difficile de déterminer s'il s'agit là du résultat des OTC ou de celui d'autres facteurs, comme un contact plus fréquent avec le réseau. Tout cela fait qu'il est très difficile de répondre à la question suivante : 'les OTC sont-elles efficaces ?'

L'un des volets importants de la question des OTC repose sur les caractéristiques cliniques de la population qui répond bien à cette forme de traitement. Une étude menée récemment par Swartz et coll. (1999) a démontré que :

  • les OTC n'ont qu'un faible impact sur le nombre d'hospitalisations des personnes qui souffrent de troubles de l'humeur;
  • les OTC d'une durée de plus de 180 jours réduisent de beaucoup le nombre d'hospitalisations des personnes qui ont des troubles psychotiques.

Swartz a aussi conclu que les personnes qui suivent un traitement intensif (au moins trois séances par mois) et qui sont placées sous une OTC pendant plus de 180 jours accumulent beaucoup moins de jours d'hospitalisation que les personnes qui reçoivent les mêmes services mais ne sont pas placées sous une OTC ou qui le sont, mais pendant moins longtemps.

haut

Cette étude suggère que la durée de l'OTC peut faire une différence, que des sous-populations variées répondent de manière variable aux OTC et que le jumelage des OTC à des services de soutien appropriés en multiplie les effets.

La question soulevée par la recherche sur la réponse différentielle des clients aux OTC est pertinente puisqu'on reproche à ces dernières de mal comprendre les caractéristiques cliniques de la population ciblée. Torrey (1995) est d'avis qu'il faut approfondir la recherche en ce domaine, mais en l'absence de recherche évoluée et répétée au sujet de la réponse et des effets cliniques, divers groupes ont élaboré leurs propres critères ou directives dans leur volonté d'empêcher l'utilisation de cet outil à tort et à travers.

Geller (1990) précise qu'il faut satisfaire à dix critères, dont  la capacité de comprendre et de se conformer à l'OTC, l'efficacité démontrée du traitement recommandé, la capacité du réseau à surveiller l'OTC et la disponibilité des places de traitement en établissement. Les lignes directrices supposent des antécédents de maladie mentale chronique et de danger pour soi ou pour autrui. La Saskatchewan a défini six critères (voir Expérience dans d'autres territoires). On doit répondre à tous les critères, dont certains ressemblent à ceux définis par Geller. Malheureusement, l'expérience de la Saskatchewan a fait l'objet de peu de recherche. On sait toutefois que 95 % des personnes placées sous une OTC ont une maladie psychotique.

Dans le cadre de l'étude Bellevue (Steadman et coll. 1999), 142 sujets, tous patients en établissement, ont été assignés aléatoirement à l'un des deux groupes suivants : consultations externes ou congé pour réintégrer la société. Dans les deux groupes, les sujets ont reçu des services communautaires complets, ont été contraints à un certain nombre d'hospitalisations et ont été associés à des épisodes d'inobservation du traitement suivis de décompensation. L'étude a conclu qu'il n'y a pas de différence notoire dans les taux d'hospitalisations, d'arrestations, ou de qualité de la vie.

haut

Torrey et Kaplan (1995) ont rapporté les résultats d'un sondage national mené aux États-Unis sur les traitements en consultations externes. L'étude a permis d'établir que sur les 35 états dotés d'une législation, seuls 12 ont signalé un usage 'fréquent 'ou 'très fréquent 'de ce type de traitements. Le non-usage a été justifié entre autres par les raisons suivantes :

  • des préoccupations au sujet des libertés individuelles et de la responsabilité des praticiens;
  • le manque d'information et d'intérêt;
  • le manque de normes coercitives pour les cas d'inobservation;
  • l'absence de conséquences pour le refus de se plier à une OTC;
  • des critères trop restrictifs;
  • la peur d'un fardeau fiscal accru résultant du besoin d'embaucher du personnel pour contrôler les OTC et pour assurer les services en établissement.

Le sondage a également exposé une gamme de solutions de rechange officielles ou officieuses utilisées à l'heure actuelle par les praticiens pour assurer l'observation du traitement : curatelle-tutelle, autorisation de s'absenter, gestion intensive des cas, collaboration étroite avec les tribunaux et autres fournisseurs de services. Cette recherche illustre clairement le besoin d'exécuter des travaux préparatoires pour appuyer la législation, sinon elle ne sera pas mise en application.


Position des organismes pertinents face á la politique

Pour mettre la présente 'Mise au point 'en contexte, nous présentons une brève revue des positions internes et externes face à la politique qui nous permettra de brosser un tableau du paysage dans le domaine. Les positions sont fondées sur des valeurs, hypothèses et analyses différentes de la question.

haut

Comité consultatif médical du CTSM

Le comité consultatif médical s'est penché sur la documentation, a décrit les faiblesses de la législation actuelle, et a débattu en faveur des OTC et contre elles. Le comité décrit les OTC comme un mécanisme spécifique qui oblige les personnes atteintes d'une maladie mentale grave, qui évaluent mal leur besoin d'obtenir un traitement, à prendre des médicaments qui préviendront les rechutes et les comportements dangereux. Il suppose que les OTC s'appliqueront exclusivement aux personnes qui ont déjà démontré une réponse favorable aux médicaments. Les candidats aux OTC présentent les caractéristiques suivantes : rechutes répétées, risque de comportement violent et/ou suicidaire, inobservation du traitement, incapacité continuelle à consentir au traitement, même à titre de patient externe, et hospitalisations fréquentes.

Le comité insiste sur le besoin de mettre sur pied des services communautaires adéquats pour appuyer les OTC. Il croit également qu'on ne peut considérer les OTC comme la solution aux problèmes associés à l'itinérance, au chômage, aux stigmates et à l'isolement social. Le comité conclut que :

  • les OTC devraient faire partie de l'éventail des options offertes aux clients et aux fournisseurs de services;
  • les OTC pourraient réduire l'affaiblissement et la dysfonction;
  • dans certaines circonstances, les cliniciens devraient accepter la responsabilité de fournir un traitement sans le consentement direct du client, sur décision prise au nom d'autrui lorsque le client est incapable de prendre ses propres décisions concernant son traitement;
  • seul un petit nombre de clients pourraient être candidats aux OTC;
  • la mise en “uvre des OTC devrait comprendre leur évaluation systématique, de la personne aux perspectives du système.

haut

Conseil des patients de la rue Queen

Le Conseil s'oppose aux OTC et préconise la mise en place de logements abordables, de plus de ressources de soutien, de niveaux de revenu acceptables, d'emplois et d'un système de reddition des comptes des services aux personnes qui les reçoivent.

Pour voir dans sa totalité la position du Conseil des patients du Centre de la rue Queen, consulter :
http://www.icomm.ca/patientsco/council/positions/ctopcpos.html (en anglais seulement).

haut

ACSM -- Division de l'Ontario

La position de l'ACSM -- Division de l'Ontario précise qu'on ne devrait pas modifier la Loi sur la santé mentale pour y inclure les OTC puisque la législation actuelle, y compris la Loi sur le consentement aux soins de santé et la Loi sur la prise de décisions au nom d'autrui, permet d'amorcer un traitement lorsqu'une personne est incapable d'y consentir. L'ACSM appuie la formation d'un réseau communautaire de santé mentale complet qui engloberait les questions de qualité de la vie, d'hébergement, de revenu et d'emploi. Il appuie l'élaboration d'ententes de services avec les clients qui reçoivent leur congé comme un mécanisme qui délimite bien les attentes du client ainsi que celles du fournisseur de services et qui identifie les clients qui peuvent représenter un danger pour eux-mêmes et pour autrui.

haut

Association médicale de l'Ontario -- sous-section de la psychiatrie

La position de la sous-section de la psychiatrie de l'AMO au sujet des OTC est la suivante :

  • les OTC sont un outil nécessaire pour garantir un traitement approprié à un petit groupe de patients, nommément les personnes 'difficiles à servir,' qui manquent de jugement et qui peuvent devenir un risque pour eux-mêmes ou pour autrui, ou encore qui courent un risque imminent d'affaiblissement physique grave;
  • la législation actuelle ne prévoit aucune solution viable aux directives de deuxième niveau, curatelles et autorisations de s'absenter;
  • la désinstitutionnalisation mène le bal et il est important de pouvoir garantir un traitement approprié dans la collectivité;
  • les OTC doivent être intégrées dans un éventail complet de traitements et de services de soutien communautaires;
  • les OTC doivent être accompagnées de processus de surveillance et d'appel similaires à ceux offerts aux patients en établissements contraints au traitement, comme un conseil de révision obligatoire.

haut

Société de schizophrénie de l'Ontario

La Société de schizophrénie déplore qu'un trop grand nombre de personnes atteintes d'une maladie mentale, non traitées, se retrouvent dans les tentacules de l'appareil judiciaire ou dans la rue plutôt que de recevoir le traitement dont elles ont besoin. Dans le cadre de son analyse de la question, la société a conclu que la Loi sur la santé mentale est trop restreinte pour aborder le problème sous tous ses angles puisqu'elle ne s'applique qu'aux établissements de soins psychiatriques et qu'elle ne montre pas d'ouverture en ce qui a trait aux critères d'hospitalisation contraintes. La société propose de modifier la loi comme suit :

  • la phrase 'affaiblissement physique imminent et grave 'devrait se lire comme suit : 'affaiblissement physique ou mental grave ou affaiblissement de la personne ';
  • la disposition sur l'autorisation de s'absenter devrait inclure les personnes qui, de l'avis du médecin, ne retourneront pas à l'hôpital;
  • prévoir une disposition pour l'engagement en consultations externes et pour en faire une solution de rechange à l'hospitalisation, cette dernière devenant une conséquence de l'inobservation.

En plus de proposer ces modifications à la Loi sur la santé mentale, la société déclare qu'il existe un consensus sur certaines questions cruciales relatives à la maladie mentale et son traitement. Elle préconise un réseau mieux coordonné qui s'étend dans la collectivité, de meilleurs services d'approche pour les personnes qui ne sont pas en traitement, un réseau complet d'options d'hébergement et d'emploi, un réseau qui réduit au minimum le besoin d'obliger les hospitalisations et qui réduit la formation de ' factions ' au sein du secteur de la santé mentale. Les principes éthiques relevés comme étant des directives essentielles de l'évaluation d'une politique en matière de santé mentale sont les suivants :

  • compassion pour les personnes atteintes de schizophrénie;
  • capacité mentale, c.-à-d. quiconque capable de prendre une décision devrait le faire, et quiconque en est incapable ne devrait pas se voir refuser un traitement;
  • liberté, ce qui signifie qu'une personne devrait avoir le droit de contester une décision devant un arbitre;
  • sécurité publique, c.-à-d. peur du danger.

haut

ACSM - Division de la B.-C.

L'ACSM -- Division de la B.-C. se range contre les OTC. L'association reconnaît le modèle PACTE comme une démarche qui donne des résultats supérieurs aux OTC. Elle perçoit également l'observation au traitement comme un seul des nombreux facteurs qui contribuent à la rechute, comme les facteurs sociaux, l'efficacité des médicaments, et l'ignorance des clients. Elle soutient que les OTC empêchent peut-être les clients de connaître les conséquences de leur maladie. L'association conclut que le réseau doit faire preuve d'une plus grande responsabilité à l'égard des clients, et que ses services doivent mieux répondre à la demande. L'ACSM a voté en faveur de solutions non coercitives pour les personnes les plus 'difficiles à servir,' comme des programmes de déjudiciarisation, de traitement communautaire dynamique, de soins qui ne refusent personne, de meilleures stratégies d'intervention précoce, de meilleures interventions en situation de crise et finalement un réseau responsable dont les attentes sont élevées.

haut

ACSM -- National

L'ACSM -- National est d'avis que, même en présence d'arguments probants en faveur de la libération des patients dans la collectivité et contre elle, on devrait concentrer le débat sur les solutions positives sur lesquelles on s'entend plutôt que de continuer à tourner en rond. Dans son énoncé d'ébauche de politique, l'association a émis trois recommandations :

  • appuyer l'élaboration d'un réseau communautaire de santé mentale complet qui tiendrait lieu de moyen de défense de première intervention;
  • le réseau de la santé mentale doit donner un appui actif et des soins uniformes fondés sur les besoins des clients et qui vont au-delà du traitement pour englober des facteurs de qualité de vie;
  • fournir plus de ressources aux familles et aux organismes d'utilisateurs de services.

haut

Mental Health Legal Committee (MHLC)

Le MHLC est d'avis que la frustration qui pousse les tenants des OTC à recommander cette forme de traitement est le fruit d'un manque d'appréciation des méthodes en place dans le cadre desquelles on peut obtenir le consentement éclairé au traitement au nom d'une personne incapable de prendre une décision. Selon le MHLC, le problème réside dans la mauvaise application ou l'application insuffisante de la législation actuelle.

L'organisme pointe du doigt le réseau en établissement, sous-financé, et l'insuffisance de soutien communautaire et croit que l'on devrait viser des soins consensuels basés sur l'engagement thérapeutique du client. De plus, les facteurs de qualité de vie sont perçus comme étant cruciaux pour le bien-être des clients atteints d'une maladie mentale.

haut

Family Mental Health Alliance (FMHA)

La FMHA s'est rangée contre les OTC. La décision de la FMHA se fonde sur le fait qu'elle perçoit la question comme un symptôme d'un malaise plus grave plutôt qu'une solution au problème. Selon elle, la présence de personnes atteintes d'une maladie mentale, non traitées et souvent agressives dans la collectivité, est bien un problème, mais la source de ce problème est l'absence de ressources à la disposition de toutes les parties concernées. La FMHA s'oppose aux OTC parce qu'elles représentent une obstruction non souhaitée qui fait violence aux individus. De plus, selon l'alliance, le concept d'inobservation comporte de multiples facettes, dont plusieurs touchent l'insuffisance des médicaments et du réseau de services. L'alliance préconise une modification de la Loi sur la santé mentale dans le but d'élargir la définition de méfait et de créer une base adéquate de services, éventuellement avec l'aide d'une législation sur la santé mentale.

haut

Mood Disorders Association (MDA)

La MDA de l'Ontario et de Toronto est contre les OTC et déclare que le vrai problème réside dans le fait que le ministère de la Santé a omis d'ériger un réseau communautaire complet à l'intention des personnes aux prises avec une maladie mentale alors qu'il fermait des lits de traitement psychiatrique. L'association soutient que la Loi sur la santé mentale est assez solide pour maintenir la sécurité publique et les droits des personnes atteintes d'une maladie mentale.

haut

National Association for the Mentally Ill (NAMI)

La position du NAMI se résume comme suit :

  • la disponibilité d'un traitement communautaire complet et efficace réduirait le besoin de se tourner vers un traitement contraignant (en établissement et en consultations externes);
  • on devrait adopter des méthodes facilitant la communication au sujet des préférences en matière de traitement parmi les clients, leur famille et les fournisseurs de services;
  • les décisions concernant un traitement contraignant devraient pouvoir se prendre rapidement et simultanément pour permettre aux clients de recevoir un traitement dans des délais acceptables;
  • le traitement contraignant devrait être une solution de dernier recours;
  • un examen indépendant doit être garanti dans tous les cas de traitement contraignant.

haut

En résumé

Les organismes consultés ne s'entendent pas pour dire si les OTC sont salutaires ou non. Les organismes qui s'opposent aux OTC mettent l'accent sur des aspects de la question qui diffèrent des aspects relevés par les partisans des OTC. Ces derniers semblent s'entendre toutefois sur le fait que les OTC ne profiteront probablement qu'à un petit nombre de personnes atteintes d'une maladie mentale et qu'il est essentiel de mettre en place des services appropriés pour assurer leur efficacité.

Mais, qu'importe leur position à l'égard des OTC, tous les groupes consultés réclament un réseau complet de services et de soutien en santé mentale. Certains groupes partisans des OTC croient qu'un réseau complet en santé mentale est une condition sine qua non de l'efficacité des OTC. Applebaum (1986) a très bien décrit cette interdépendance :

'Si les gouvernements s'intéressent plus à donner congé aux patients qu'à veiller à ce qu'ils soient en sécurité après leur congé, si les centres de santé mentale ne sont pas prêts à accepter la responsabilité pour ces patients, et si la plupart des intervenants en santé refusent de s'impliquer dans la surveillance de l'observation au traitement, alors les OTC ne seront pas efficaces.'

haut

Expérience dans d'autres territoires

Rapport du Nouveau-Brunswick sur la Journée de consultations sur les OTC, 1999

Soixante-dix personnes représentant toutes les sphères de la santé mentale de la province ont participé à une journée de consultations sur les OTC. À la clôture des consultations, les participants ont conclu que la province devait étudier des stratégies autres que les OTC. On a établi que la Division de la santé mentale, en partenariat avec d'autres organismes, devait élaborer des solutions aux problèmes de pauvreté, d'hébergement, d'emploi, d'isolement social et de cartes de médicament et de santé. De plus, on réclamait une meilleure éducation en ce qui a trait à l'application de la Loi sur la santé mentale. Le réseau devait être mieux coordonné. Les délégués se sont également mis d'accord sur le fait que le nombre de personnes touchées par ce problème était faible et que certaines choses devraient être faites différemment à l'aide de la méthodologie du profil de cas.

haut


Saskatchewan

En Saskatchewan, la législation sur les OTC a été déposée en réponse aux préoccupations exprimées par les familles au sujet du besoin d'établir un réseau élargi de services d'appoint et suite à une amélioration globale des services de santé mentale qui s'est produite entre 1986 et 1995. Entre 1995 et 1999, la province est passée à un système régional de soins, mais auparavant, elle avait amorcé un processus de consultations sur les OTC. Dès le début, la province a senti le besoin d'équilibrer les droits individuels et l'obligation de fournir soins et traitement pour mettre un frein à la criminalité et à la maladie mentale. Les OTC visaient à fournir un soutien aux familles et à rationaliser le mécanisme d'hospitalisation lorsqu'une personne vivant au sein de la collectivité avait une crise. La population cible est composée des personnes qui se retrouvent dans diverses unités psychiatriques des hôpitaux parce qu'elles ne se plient pas aux exigences de la thérapie médicamenteuse ou du programme de traitement. En Saskatchewan, les dispositions pour s'engager à un traitement contraignant prévoient six conditions :

  • le traitement peut avoir lieu dans la collectivité;
  • la personne était inscrite à un traitement contraignant en établissement, pendant au moins 60 jours, a visité un service de traitement en établissement au moins à trois reprises durant les deux dernières années ou a déjà été soumise à une OTC;
  • la personne risque de se faire du mal ou de blesser autrui, ou de souffrir d'un affaiblissement physique sans recevoir de soins ou de supervision;
  • les services doivent exister dans la collectivité et doivent avoir
  • la personne est incapable de prendre une décision éclairée au sujet des services et des traitements dont elle a besoin;
  • la personne est incapable de se plier aux exigences d'une OTC.


Un porte-parole a déclaré que l'objectif était de tendre une petite perche, pas une grande perche, et qu'en réalité, on n'a émis que 63 OTC en trois ans pour un total d'environ six milles personnes atteintes d'une maladie mentale grave. Pour avoir force de loi, l'ordonnance doit être en vigueur pendant un maximum de trois mois et exige l'avis de deux médecins, dont un psychiatre. Un processus d'appel est décrit dans la législation.

Les commentaires qualitatifs sur le succès de la Saskatchewan suggèrent que les familles sont plus ou moins satisfaites et, qu'en diminuant le seuil pour effectuer une évaluation psychiatrique, le cycle d'affaiblissement de l'état de la personne est interrompu plus tôt. À ce jour, il n'y a pas de pression pour élargir ou circonscrire les critères. Parmi les psychiatres interrogés, 62 p. 100 sont satisfaits de la législation et 95 p. 100 des personnes soumises à une OTC ont reçu un diagnostic de schizophrénie. Les données sur la satisfaction et la perception des clients quant aux OTC ne sont pas disponibles.

haut

Australie

En 1996, l'Australie-Occidentale a adopté une législation sur les OTC en se fondant sur le principe selon lequel il faut 'fournir un traitement dans un environnement le moins restreignant possible tout en tenant compte de la sécurité du patient et de celle du grand public '(McIvor, 1998). La loi, qui cible les patients atteints du syndrome de la porte tournante, permet d'administrer des médicaments à une personne, et ce, contre son gré pendant un maximum de 12 mois. À l'époque, des préoccupations ont fait surface quant à l'absence de lignes directrices cliniques, ce qui suscitait un risque accru pour le personnel infirmier, un appauvrissement des soins cliniques résultant des OTC, et un manque de soutien communautaire complet. Dans le cadre d'une étude de suivi d'une durée de six mois sur les résultats des OTC, une comparaison des six mois précédant l'adoption des OTC a révélé que les clients recevaient des doses plus élevées de médicaments et que la durée de leurs hospitalisations avait baissé de façon notoire. Les auteurs de l'étude n'ont cependant pas pu démontrer un lien sans équivoque entre les effets des OTC et les effets de leur absence. McIvor suggère qu'un taux de contacts intervenant-client pourrait également être un facteur.

haut

Un cadre global au problème

Étant donné l'état actuel du réseau de santé mentale, nous ne disposons d'aucun moyen de déterminer si l'émergence des OTC est un symptôme des failles du réseau, ou si elles existent de bon droit. De toute évidence, le débat n'est pas scientifique, puisque les preuves de l'efficacité des OTC, ou de leur inefficacité, sont bien minces. La recherche faite dans d'autres territoires et l'expérience de ces territoires ne fait pas pencher la balance d'un côté ni de l'autre. En conséquence, le débat dérive souvent du côté des préoccupations éthiques, cliniques et juridiques.

Cela dit, on a tout à apprendre de la démarche d'adoption des OTC et d'élaboration de la législation entreprise en Saskatchewan. La province a reconnu le besoin de tenir un vaste processus de consultation qui a demandé deux ans. Elle a également tenu pour acquis qu'il fallait mettre en place l'infrastructure d'un réseau de santé mentale avant d'apporter quelque modification à la Loi sur la santé mentale. Finalement, la législation prévoyait des critères stricts pour émettre une OTC afin d'en limiter l'application au très petit nombre de personnes qui en tireraient avantage.

Le Centre, de même que littéralement tous les autres groupes d'intérêt, prétend que la disponibilité d'un réseau de traitement et de soutien communautaire complet qui reçoit un financement adéquat est fondamental au bien-être des clients et de leur famille et réduit le besoin d'émettre des OTC. Il est tout aussi important de reconnaître la vaste gamme de motifs derrière l'inobservation du traitement et d'élargir la définition du terme 'traitement 'au-delà de l'acceptation des médicaments. Ce n'est qu'en abordant le problème sous ses multiples facettes que le réseau de santé mentale pourra apporter des solutions valables.

En toute circonstance, les OTC sont une solution de dernier recours dans la collectivité qui ne doit être considérée que lorsque toutes les autres tentatives se sont soldées par un échec. Il faut favoriser les stratégies qui s'inscrivent dans l'éventail des interventions non coercitives, comme les programmes spécialisés pour cette population, et une meilleure collaboration entre les clients, leur famille et les fournisseurs de services.

haut

'Mise au point' sur les OTC

La présente 'Mise au point 'aborde les quatre volets déterminants de cette question complexe : les besoins du réseau de santé mentale; la portée des OTC et leurs critères d'application; le besoin de mettre en place un processus d'adoption des OTC; et le besoin d'évaluer leur efficacité.


Réseau de traitement et de soutien

La priorité du réseau de santé mentale doit être de poursuivre les travaux de mise en place des services de soutien nécessaires pour fournir un éventail de soins responsables et coordonnés. Ce qui suit met en relief les éléments essentiels d'un réseau amélioré de santé mentale :

  • services et soutien complets, adaptés, accessibles et centrés sur le client;
  • équilibre adéquat entre le traitement et le soutien en institution et communautaires;
  • soutien disponible pour améliorer la qualité de vie, notamment l'hébergement, l'emploi, et le soutien financier et social;
  • programmes spécialisés et personnalisés pour subvenir aux besoins différentiels des personnes ' difficiles à servir 'en se fondant sur le modèle actuel de prestation de services;
  • méthodes améliorées de communication quant aux préférences en matière de traitement parmi les clients, leur famille et les fournisseurs de services;
  • gamme de services de soutien pour les clients et leur famille, et participation des clients et leur famille dans la prise de décision sur la question.

Le groupe de consultation a conclu qu'un réseau de soins adéquat et complet réduirait probablement le besoin d'émettre des OTC.

haut

Portée et nature de la législation sur les OTC

Après avoir examiné la documentation, l'expérience dans les autres territoires et les positions d'autres organismes quant à la politique, il ne fait aucun doute que la législation sur les OTC doit être définie clairement et précisément afin de bien la cibler et d'éviter que l'on en abuse. Même les partisans des OTC réclament qu'elles aient une portée limitée. De plus, il faut reconnaître que les services et soutiens nécessaires en santé mentale doivent être en place avant que la législation soit adoptée, sinon les OTC seront mal utilisées, Torrey (1995).

Les critères ci-dessous, fondés sur les travaux de la Saskatchewan et de Geller (1990), visent à réaliser ce qui précède :

  • la législation sur les OTC ne doit s'appliquer qu'à une petite sous-population des personnes aux prises avec une maladie mentale, largement définie comme ' difficiles à servir 'et qui satisfont à tous les critères suivants :

    -- ont déjà été inscrites à un traitement contraignant en établissement pendant au moins 60 jours, ont visité un service de traitement en établissement au moins à trois occasions durant les deux dernières années ou ont déjà été soumises à une OTC;

    -- ont déjà répondu à un traitement (y compris les médicaments sans toutefois s'y limiter);

    -- sont incapables de consentir à un traitement, même en consultations externes;

    -- ont la capacité de comprendre et de se plier aux OTC

    -- représentent un risque pour elles-mêmes ou pour autrui;

    -- présentent un taux de rechute élevé;

  • ne doivent être mises en application qu'en présence de services dans la collectivité qui ont des places vacantes;
  • les services doivent vouloir surveiller le traitement et exercer son observation et doivent pouvoir le faire;
  • la détermination de l'admissibilité aux OTC doit être le fruit d'une décision clinique;
  • la législation sur les OTC doit être dotée de mesures de protection, y compris un processus d'appel.

haut

Processus d'adoption des OTC

Il est important de reconnaître la nature litigieuse de la législation sur les OTC et l'éventualité qu'elle crée des dissensions au sein des groupes d'intérêt. Le gouvernement devra prendre des mesures pour créer des alliances et des ententes relativement à la question, notamment :

  • la province devrait entamer un processus de consultation semblable à celui de la Saskatchewan afin de recevoir des suggestions en ce qui a trait à la conception et la mise en application des OTC;
  • les services communautaires appropriés doivent être en place avant d'adopter la législation sur les OTC puisque la viabilité des OTC dépend de la capacité du réseau à surveiller les personnes qui y sont soumises. Le gouvernement devrait songer à retarder la proclamation de la législation jusqu'à ce que les programmes soient en place;
  • toute modification à la législation devrait être accompagnée d'un vaste volet éducatif à l'intention des clients, de leur famille et des fournisseurs de services pour veiller à ce qu'elle soit appliquée au maximum.

haut


Recherche et évaluation

Nous avons beaucoup à apprendre sur l'efficacité des OTC, et à cette fin, le Centre émet les recommandations suivantes :

  • les initiatives ontariennes relatives aux OTC sont accompagnées d'évaluations qualitatives et quantitatives. L'évaluation doit aller au-delà des mesures standard dont le nombre d'hospitalisations, de jours d'hospitalisation et d'observation du traitement médicamenteux, et doit inclure des mesures d'amélioration de la qualité de la vie et de satisfaction des clients et de leur famille. Il serait utile d'effectuer des travaux de recherche parallèles sur l'efficacité des solutions de rechange, comme les autorisations de s'absenter et la tutelle.
  • la législation devrait comporter une disposition de temporisation fondée sur l'évaluation des résultats. Si jamais les OTC ne contribuent pas à des taux plus élevés d'observation du traitement, on devrait les éliminer. On devrait fixer un délai pour prendre cette décision.

Février 2000

Bibliographie

APPELBAUM, P.S. 'Outpatient commitment: the problems and the promise,' dans American Journal of Psychiatry, vol. 143, 1986, p. 1270 -1272.

GELLER, J.L. 'Clinical guidelines for the use of involuntary outpatient treatment,' dans Hospital and Community Psychiatry, vol. 41, no 7, 1990, p. 749-755.

MCIVOR, R. 'The Community Treatment Order: Clinical and Ethical Issues,' dans Australian and New Zealand Journal of Psychiatry, 1998,
p. 223-228.

STEADMAN, H.J., GOUNIS, K., DENNIS, D.L., ROCHE, B. ET HOPPER, K. 'Evaluation of the Bellevue Outpatient Commitment Pilot Program: Is it Enhanced Services or the Court Order that Makes a Difference?,' XXIVe congrès international sur la loi et la santé mentale, Toronto, Canada, juin 1999.

SWARTZ, M.S., BURNS, B.J., HIDAY, V.A. GEORGE, L.K., SWANSON, J., WAGNER, H.R. 'New Directions in Directions in Research on Involuntary Outpatient Commitment,' dans Psychiatric Services, vol. 46, no 4, 1995, p. 381-385.

SWARTZ, M.S., SWANSON, J., WAGNER, H.R., BURNS, B.J., HIDAY, V.A., BORUM, R. 'Can Involuntary Outpatient Commitment Reduce Hospital Recidivism?: Findings From a Randomized Trial With Severely Mentally Ill Individuals,' dans American Journal of Psychiatry, 1999, 156 (12), p. 1968-1975.

TORREY, E.F. ET KAPLAN, R.J. 'A National Survey of the Use of Outpatient Commitment,' dans Psychiatric Services, vol. 46, no 8, 1995, p. 778-784.

haut

 

CrossCurrents
(en anglais seulement)


 

 

   
 

 

Pour des renseignements généraux sur la toxicomanie et la santé mentale :

McLaughlinLe Centre R. Samuel McLaughlin de renseignements sur la toxicomanie et la santé mentale

Tel:Appelez sans frais, en Ontario,
1 800 463-6273 ou 416 595-6111 à Toronto

www.camh.net/francais/mclaughlin

STIPULATION D'EXONÉRATION - Le Centre n'est pas en mesure de fournir des diagnostics, traitements ou services d'orientation par le moyen de l'Internet. Quiconque souhaite obtenir des renseignements complémentaires devrait contacter son médecin de famille, ou l'agence de santé mentale ou de toxicomanie de sa localité.

haut

© Centre de toxicomanie
et de santé mentale

33 Russell Street, Toronto
Ontario, Canada M5S 2S1.
Telephone: (416) 535-8501

Le Centre de toxicomanie et de santé mentale est complètement affilié
à
l'Université de Toronto.

Un Centre collaborateur de l'Organisation panaméricaine de la santé et de l'Organisation mondiale de la Santé

Si vous avez des questions sur le contenu de cette page, veuillez écrire à

Veuillez acheminer question d'ordre technique concernant le présent site à

 

     
   


This page was last modified on August 4, 2003 .